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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 12:03

sablier.jpgDans ce contexte aigu de crise quel rôle jouent aujourd’hui les valeurs spécifiques à l’entreprise culturelle ?

Mon impression c’est que l’important pour un dirigeant culturel est moins de développer un discours sur les valeurs et de faire des grandes messes que de mettre en lumière la richesse d’autrui et d’encourager les attitudes authentiques. C'est-à-dire la manière dont une personne essaye de s’ouvrir, de se perfectionner, de créer.

L’éthique, moins on en parle, plus on en fait et plus elle a des chances d’être opératoire.

Ce n’est plus dans l’approche collective que l’on structure les valeurs, mais dans le rapport de personne à personne. Souvenons-nous la « mode » des années 80.

Nous étions dans l’éthique cosmétique de la culture, avec ses chartes et ses grandes déclarations de principe, parce que le monde culturel de la création, commençait à voir les effets pervers de la logique économique insufflé par le monde économique de l’entreprise.

Aujourd’hui, le maquillage ne suffit plus.

La question centrale est de savoir comment les personnes qui interfèrent dans le monde de la création culturelle vont durablement réussir à sauvegarder leur équilibre aux conditions de « compétitivité » et de globalisation exigées.

En somme il parait difficile donner des recommandations génériques aux acteurs et aux décideurs culturels qui agissent dans un ancrage territorial profond s’évertuant à construire une offre culturelle cohérente notamment en direction des jeunes.

J’ai envie de dire : faisons ce que nous pouvons tout en apprenant à être nous-mêmes, même si nous nous sentons fragilisés.

Plus tout chacun sera authentique, quitte à être moins exemplaire, plus nous serons  enrichis par les questions des jeunes.

Une façon incontestable d’être à l’écoute de ce qui se passe dans le monde.

D’une façon générale, les responsables culturels doivent essayer de prendre une certaine liberté par rapport au système aussi contraignant soit-il et de se donner le temps.

Ce n’est pas en tirant sur l’arbrisseau qu’on le fait pousser plus vite.

Nous devons encore plus prendre en compte la dimension affective dans le travail que nous construisons dans les collectivités publiques. Je trouve l’expression d’intelligence affective très intéressante.

Nous sommes encore dans une culture d’ingénieurs, d’industrie et de rationalité, sans voir que notre société évolue de plus en plus dans l’irrationnel, malgré son instrumentalisation apparente.

Même la finance, quelle soit ou non enfoncée dans une crise profonde, répond à l’affectif. Nous l’avons tous découvert en ces derniers mois dans les Bourses de toute la planète, où tout repose sur la peur et la confiance, l’audace et la sécurité, la prudence et le risque … et tout ça, sous couvert d’hyper-rationalité mathématique.

Or, ce n’est pas d’irrationnel dont nous avons le plus besoins aujourd’hui mais d’une intelligence éthique faite de compréhension de l’autre et de cordialité, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire : de chaleur humaine. Il est frappant de voir ces jeunes, issus des cités les plus modestes ou des quartiers les plus fortunés des centres urbains et auxquels on a tout donné, avoir besoin d’être rassurés, compris, respectés … Bref : aimés …

Quel incroyable paradoxe et quel indicible gâchis.

Il faut sortir de l’isolement dans lequel le monde de la communication et de la virtualité nous à fait entrer et redécouvrir ce que la vie de proximité nous imposait, la coexistence dans le même espace.

Prétendre de converser au niveau planétaire omettant d’échanger un bonjour avec son voisin de palier, de rue, de quartier, nous conduit droit dans le mur de l’insensibilité, de l’indifférence, de la désinvolture envers notre proche.

Comment donc la « chose publique » peut contribuer à faire face à ces formidables enjeux de société ?

Et la culture dans tout ça ?

Pour peu que nous conservions encore dans notre esprit des restes de nos instructions scolaires en sciences humaines et philosophiques, nous ne pouvons ignorer que les civilisations sont mortelles.

La nôtre peut mourir à tout instant par manque d’espérance et de créativité dans la difficulté.

Personnellement je souhaite que nous redevenions capables de développer une réelle capacité à réagir en profondeur face aux enjeux que notre planète en crise nous pose.

Nous devrions ainsi miser sur nos personnelles ressources culturelles et personnelles.

A bien des égards, dans leur prise en compte des problèmes sociétaux, les collectivités territoriales, malgré toutes leurs contradictions, sont des précurseurs.

C’est le milieu de vie en France dans lequel l’effervescence intellectuelle, culturelle, sociale, économique, éducative et créative est la plus forte, où les idées sont les plus pertinentes et profondes, où la confrontation se fait de manière réaliste, partagée et transversale. J’espère que cela invitera les pouvoirs publics, chaque élu, chaque agent et les intellectuels à s’y mettre.

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Published by Sisyphe - dans Ethique
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