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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 10:07

bnf.jpgAlors qu’en France les controverses  autour la loi Hadopi font toujours débat, un nouveau dossier « digital » vient rajouter une couche de pixels empoisonnés à la polémique. Il nimbe le dessein de Google  et  son projet visant à numériser, « Orbi et Urbi »,  les imprimés du monde entier.

Ce projet planétaire et la kyrielle de controverses  qu'il provoque, touche également la France et plus particulièrement aujourd'hui, le fonds de la BNF.

Les nombreuses critiques qui s’élèvent un peu de partout dans le pays intéressent la nouvelle direction de l’institution française car elle serait actuellement en négociation avec le géant américain pour lui confier la numérisation - d'une partie (?) - de son fonds.

Souvenons nous déjà que sous la présidence de Jean-Noël Jeanneney, la BNF avait naguère pourtant fortement résisté au géant américain et plébiscité son propre programme, pourtant couteux, de numérisation : Gallica.

En effet, alors qu'elle ne reçoit de l'Etat, au titre de la numérisation, que 5 millions d'euros par an, versés par le Centre national du livre, la BNF estime qu'il faudrait entre 50 et 80 millions d'euros pour numériser le seul fonds de la troisième République, avec ses propres moyens. Selon les formats et la qualité de numérisation souhaitée, l'informatisation d'un livre coûterait à la BNF entre 0,12  et 0,74 euro par page.
Un prix probablement sans commune mesure avec ceux de Google, d'autant que ce dernier  disposerait  d'outils à la technicité ... confidentielle pour numériser dans une vitesse record ...
Aujourd'hui, avec plus de 25.000 partenariats signés avec des éditeurs dans le monde, Google compte plus de 10 millions d'ouvrages numérisés.

Sans surprise, Google  se prépare aujourd'hui, à ouvrir un service d'achat de livres en ligne pour les ouvrages sous droits découlant d'un catalogue de plus de 1,5 million de livres numérisés et qui déjà proviennent d'accords avec les éditeurs.

En France, seuls 150.000 livres d'auteurs français auraient été numérisés par Google et l'entreprise américaine souhaiterait, on s’en doute, aller beaucoup plus vite.

Bref, après avoir fermement bataillé contre la numérisation des ouvrages européens par le géant américain Google, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) serait maintenant sur le point de céder au moteur de recherche, imbattable sur les coûts et les délais, la  numérisation de ses ouvrages.
Au Ministère on essaye, tant bien que mal,  de calmer le jeu.

Mais ... l’ascaride est déjà dans le fruit …

Car si la numérisation est un formidable outil d'accès aux collections, elle est devenue de nos jours, également le complément naturel de toute base des fonds.
Difficile donc faire marche arrière.
La numérisation est aussi un formidable outil de préservation des collections, cependant cette opération devrait toujours s’insérer dans un processus exigeant de traitement « archivistique » patrimonial non seulement souhaité mais également maîtrisé.
La numérisation ne devrait pas  en être le substitut.

L’inventaire, le catalogage et, surtout,  la réflexion sur la conservation physique des documents devrait ainsi se situer en amont de tout projet d’archivage électronique, pas en aval. 
Tout projet de numérisation  nécessiterait également  de s’articuler toujours autour d’une volonté éthique forte relative au droit de reproduction de l'oeuvre et à l’analyse du fond patrimonial.
La bataille numérique, en France, ne fait que commencer.

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