Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 13:49

livre-lacoche-couv-jpgIl y dans ce dernier roman de Philippe Lacoche une écriture qui opère sur la page comme une sorte de palimpseste. Une œuvre dure, désenchantée, grattée, qui ébranle les certitudes comme un repentir persévérant. C'est une œuvre mélancolique aussi, qui allie une fascination débordante pour le milieu « alternatif » et libertaire tel qu’il pouvait exister alors, dans les très lointaines années 70, chez nous.

Le récit évolue à l’intérieur d’une ère tournée vers la contestation générationnelle d’alors et la tentation pour un penchant indicible de la « spiritualité » chamanique et envoutante de l’époque où les personnages de Lacoche se heurtent et meurent inéluctablement.

L’oeuvre de Burroughs, Ginsberg et Kerouac, entre autres hantent ce roman qui a, pour toile de fond, non pas les lancinantes étendues de la province américaine, mais les départements Picards. La musique aussi.

Dans cette blafarde et provinciale Picardie des années 70, cheminent ensemble un improbable assortiment d’amis, d’aspirants artistes, arnaqueurs et toxicomanes en tout genre où les femmes prennent une place d’importance.

Il y a Katia bien sûr mais, surtout, il y a Clara, libertine et romantique à la fois qui incarne le style de vie désenchanté et égaré si symptomatique de l’époque.

Un mix de charme naturel, de simplicité enfantine et d’élégante sophistication féminine.

Ces deux femmes ne reviendront pas de ce voyage aux confins des abîmes.

Antoine, le personnage de Lacoche, non plus.

Tiens, Antoine justement, un héros remuant et stupéfiant de spontanéité, de liberté. De tristesse aussi.

Un Antoine qui nous fait penser à Antoine Doinel dans « Baisers volés » (1968 justement !) et qui vit le temps dans un cycle qui n’est pas linéaire.

Les personnages de Lacoche vivent comme dans un double principe fait d’accélération et d’étirement. Il y a dans les affres de leur existence des moments forts, attendus que Lacoche traite par ellipses en tenant son écriture hors-champ de l’histoire qu’il nous raconte.

La fin du récit sonne comme un glas. Un aboutissement qui résonne dans notre esprit comme une réconciliation marquée par les notes ineffables de la musique partout présente.

L’écriture de l’auteur semble être placée ainsi entre deux portes, celle du passé et celle de l’instant présent, entre le souvenir et l’oubli, entre la vie et la disparition.

Antoine, le personnage de Lacoche, semble vouloir nous accompagner jusqu’au bout de cet affaissement de l’existence, jusqu’au au seuil de ce languissant récit, de cette vie si adjacente à la nôtre et si abondante en tribulations ténues comme en tristesses ludiques. Une existence représentée comme une embrasure, qu’à jamais, Antoine renfermera inéluctablement à l’espérance et au bonheur.

Le style narratif que Philippe Lacoche utilise fréquemment dans ses écrits se retrouve magnifié dans « Des rires qui s’éteignent ». Son seing acquiesce les inhabituelles péripéties littéraires usitées pour produire une émotion à partir de la simple réalité.

Un aboutissement magnétique et fascinant à la fois.

Les grands auteurs sont ceux qui imposent aux lecteurs, leurs illusions particulières. Leurs fourvoiements aussi.

Nous retrouvons du Maupassant chez cet auteur Picard, une sobriété des faits et gestes plutôt que l’éclairage psychologique. Une psychologie qui se cache dans cette histoire comme les destinées émaillent les existences, semblables à des métempsycoses.

Pour vivre mélancolique, vivons dissimulés, semble nous dire Lacoche.

Sous le registre dominant de la maladie qui tout emporte et qui tout annihile jusqu’à la mémoire, dans « Des rires qui s’éteignent » le registre dramatique l’emporte souvent.

Emouvant et vénéneux, le roman décline à foison la déraisonnable présence de la menace ou de la disparition.

Un regard pessimiste et angoissé sur les hommes et sur la vie. Ici, c’est encore une vision noire et désenchantée que l’auteur nous livre des rapports sociaux et personnels à l'égard de la folie qui n’est jamais loin.

Une folie qui, semblablement à la mort, rode au cœur de ce récit : noir et vert à la fois…

La vision personnelle du monde qui se dégage dans "Des rires qui s'éteignent" et la maîtrise de son écriture, placent Philippe Lacoche aux premiers rangs des auteurs en Picardie et parmi les écrivains les plus marquants et novateurs ... d'ailleurs.


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Sisyphe - dans Voix Libre
commenter cet article

commentaires

Jacky 23/06/2012 16:17

Bonjour,
J'ai rencontré cette semaine Philippe Lacoche à Amiens et lui ai fait part de votre article dont l'existence lui était inconnue.
Je conseille également de lire de ce même auteur, "Tendre rock" et "Des bals sans importance".
Et pour information, Philippe Lacoche anime des ateliers lecture et des débats littéraires de qualité.
Un DAC Picard.

Sisyphe 24/06/2012 17:47



Bonjour,


je vous remercie, cher DAC Picard, pour le signalement à P.L. de ma note relative à sa dernière publication.


J'ai déjà parcouru les ouvrages que vous évoquez ci-dessous,  dans votre commentaire. Ces textes je les ai trouvés bien captivants ...


Merci également de compulser, de temps en temps, mes notes numériques.


En vous souhaitant une excellente journée.


A bientôt, j'espère.



immobilier nice 21/02/2012 13:47

c'est intéressant ce roman

Sisyphe 21/02/2012 19:07



Bonjour,


Oui, un roman fort enthousiasmant élaboré par un auteur tout autant captivant...


Merci pour votre commentaire.


S.