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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 14:50

 

poing-indignation-2.jpegLe service public de télévision nous a proposé, dernièrement, un documentaire passionnant et hautement pédagogique, s’efforçant d’expliquer, d’une manière très simple et accessible, la crise actuelle et pourquoi le capitalisme a failli.

En nous accompagnant dans ce « voyage » didactique aux quatre coins la planète : « Fric, krach et gueule de bois : Le roman de la crise », nous a fort bien exposé à quel point l’actuelle crise économique et financière, touche un nombre incalculable de personnes, de situations, d’entreprises …

Un débat, animé par un journaliste de France 2, vint ensuite prolonger ce programme de qualité et dans lequel les invités : Pierre ArditiDaniel Cohen (économiste)Erik Orsenna (écrivain) ainsi qu’Alain Madelin ( ce dernier surgi de nulle part en qualité, peut-être d’ex ministre ou alors, d’ex étudiant d’Assas), Xavier Mathieu (CGT et comédien) et Juliane Charton (trésorière de l’UNL), se sont efforcés, tant bien que mal (très mal surtout de la part d’A. Madelin, venu nous faire sa très cynique et attendue promotion des bienfaits du capitalisme !), de débattre sur les questions suscitées par le reportage diffusé en première partie de soirée.

Trois aspects, férocement déchirants, ont tout spécialement retenu mon attention.

D’abord les conséquences du micro crédit et l’endettement subi, par des nombreuses femmes du quart monde. Un bizarre et ambigu dispositif financier visant à donner un nouveau souffle à toutes ces femmes porteuses d’une activité économique mais qui, dans certaine circonstances,  peut s’avérer, au fond, une bien fausse bonne idée en occasionnant, pour les bénéficier(e)s de l'emprunt, des effets économiques exactement contraires. Car ces prêts, aussi « micro » qu’ils soient, il faut toujours aussi les rembourser… Quid lorsque cela n’est plus possible ? Pas facile alors pour ces femmes, ces épouses, ces mères, pour ces veuves,  de s’en sortir lorsqu’elles se trouvent exposées ainsi au (micro ?) surendettement.  

On pourrait penser que chez nous, les femmes sont à l’abri de ces pièges économiques et financiers. Mais le sont-elles vraiment ?

Dans l’Hexagone leur niveau d’emploi (avant la crise) était certes élevé. Aujourd’hui même leur taux de fécondité (selon une toute récente étude statistique de l’INSEE), est envié partout en Europe. Pourtant, la réussite des femmes en France n’est qu’une façade : rémunérations plus faibles, temps de travail réduits, missions moins intéressantes…

Dans ces domaines, les hommes les devancent toujours majoritairement. Elles affrontent, en général quasiment seules, le cumul des tâches domestiques et familiales. La présence d’enfants au foyer représente, aujourd’hui encore, un obstacle principal à leur évolution professionnelle. Le fameux plafond de verre …

Plus que jamais, il est temps d’ouvrir les « chantiers d’une nouvelle émancipation » : encourager des attitudes autres, aménager des modes différents de garde des enfants…

En somme, de revoir en profondeur, les temps sociaux.

Faire en somme rimer la notion de profit avec intérêt général.

Proposé en filigrane dans cette émission, la notion de l’intérêt général, fut le deuxième aspect qui a retenu mon attention. Car l’économie ne se résume pas à la mondialisation et à toutes ces batailles boursières.

Petit à petit, commence à émerger un autre secteur dynamique qui, grâce à cette crise fait de plus en plus coïncider efficacité économique et innovation sociale.

Sur notre territoire, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui se créent et qui évoluent dans des coopératives, mutuelles, fondations, entreprises d’insertion ou encore sociétés privées classiques ayant fait le choix audacieux de se doter d’une forte composante sociale.

Sans omettre tous ces salariés et aussi tous ces bénévoles, actifs dans le cadre du secteur associatif.

Afin d’inverser les effets négatifs de cette crise économique et financière, il faudrait peut-être encourager massivement l’exemple de ces « entrepreneurs sociaux » qui, à leur tour, bousculent les codes économiques du profit et imaginent des concepts solidaires et durables dans toutes les opportunités licites de l’économie, en favorisant de la sorte l’essor de l’emploi durable et de la dignité recouvrée de bon nombre de personnes en difficulté.

Et enfin, j’ai été « chiffonné » par la condition de ces jeunes générations laissées pour compte.

Les jeunes sont aujourd’hui encore et bien plus que par le passé, indignement exclus par cette crise du marché du travail et de la réussite sociale. Or c’est avec dignité et détermination que ces mêmes jeunes luttent le plus pour en finir à jamais avec tous ces égoïsmes et toutes ces injustices dont ils sont les principales victimes. Souvenons-nous leur récente, utile et compacte participation lors des récentes manifestations relatives aux changements de la loi relative à la retraite à 60 ans.

Ailleurs, ils participent à faire tomber les dictatures ploutocratiques et qui leur volent le rêve d’un meilleur projet de société. D’une société plus ouverte, plus tolérante, plus altruiste et au sein de laquelle chacun aurait le droit de se projeter avec enthousiasme et espoir à la fois.

Nous l’avons vu tous la semaine dernière : l’exemple formidable de la Tunisie … et de son étonnante jeunesse en mouvement.

Plus proche de chez nous, nos plus jeunes compatriotes semblent vivre les mêmes angoisses, se heurter aux mêmes horizons bouchés. Les mêmes obstacles et les mêmes blocages aussi.

Ici le chômage fait des ravages chez une immense majorité de nos jeunes surdiplômés, dotés d’une formation universitaire de qualité, certes, mais en total décalage - paraît-il - avec les besoins des entreprises. La crise actuelle ne facilite guère les inversions de tendances.

Boudés par les entreprises et par les élites issues des grandes écoles, lesquelles trustent et dirigent le monde économique, nos jeunes surdiplômés - tout comme les jeunes Tunisiens - enchainent un grand nombre de petits boulots sans avenir.

Ces jeunes sont le fruit d’un système éducatif à la française qui, au nom d’une logique sociale, a ouvert jadis les vannes de l’enseignement supérieur sans se soucier de la professionnalisation des études ni de l’accompagnement à l’emploi.

Chez nous aussi, n’en déplaise à cet inquiétant, cynique et parfaitement rétrograde ancien ministre des finances (présent mardi dernier sur le plateau de l’émission), le temps semble plus que jamais propice aux révisions, certes déchirantes pour certains, mais indiscutablement porteuses d’espoir et d’avenir pour le plus grand nombre. Et c’est tant mieux.

Le moment paraît plus que jamais favorable pour encourager l’essor et le partage de nouvelles et bien plus puissantes valeurs éthiques capables de terrasser les tyrannies et les hégémonies de toute sorte.

Merci à vous donc, estimable, candide et généreux Monsieur Pierre Arditi pour nous avoir aidés, grâce à votre si beau documentaire, à mieux appréhender le monde qui nous entoure et le pétrin dans lequel on nous a mis.

Merci aussi de nous avoir donné d’une manière si tangible, une vigoureuse envie de changer et d’en finir à jamais avec l’appétence d’une poignée d’individus, pour ce système iconoclaste qui incite au fric, au krach et à la gueule de bois.

Merci de m’avoir solidement  proposé aussi  le désir de voir survenir – inévitablement – le temps des changements nécessaires pour un meilleur projet de  société.

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Published by Sisyphe - dans Société
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Nadine 24/01/2011 18:49


Pas un commentaire à votre note si pertinente, mais un témoignage pour l’étayer concrètement :
L’appel d’une jeune femme d'environ 30 ans - titulaire d’un bac - qui a enchaîné, jusqu’à présent, stages et petits boulots inintéressants et aucunement formateurs pour attirer l’attention dans un
c.v.
Ce contact avait pour but d’avoir quelques informations concrètes quant à un dispositif de formation dans le cadre d’un contrat de professionnalisation (rémunéré 795 €/mois…), en vigueur ou non
dans un établissement de ma connaissance. Elle ne trouve aucune structure acceptant de l’accueillir. Elle a passé un nombre incalculable de coups de fils, écrit des centaines de lettres de
motivation (avec à peine 1% de réponses…), ainsi que des nombreux courriels.
La conversation a duré plus de 2 heures. Même si la rage de sortir de cette spirale insupportable la maintient encore debout, le désespoir de toutes ces démarches vaines la fragilise de plus en
plus. Elle est contrainte à demeurer (comme tant d'autres dans cette situation) encore chez ses parents. Quid de l’espoir de se réaliser et de se situer dans la société ?
Bien sûr totalement impuissante à lui apporter quelque solution tangible (à part une piste ou deux) son appel m’a laissée pitoyable car inefficace à lui procurer autre chose que l’écoute…
La situation des surdiplômés est certes criante, il en est de même pour ceux qui ne le sont pas.
Notre industrie plus que moribonde (fermeture de Porcher annoncée dernièrement) ne permet plus, même temporairement, de leur apporter une issue.
Oui, effectivement, des révisons sont à envisager, et de façon urgente.
Oui, ce système économique inique est à changer.
Oui, des évolutions de la société sont nécessaires.
Une nation seule ne peut ambitionner cela. La lame de fond doit être mondiale pour prétendre à une quelconque efficacité.


Sisyphe 26/01/2011 16:48



Merci pour ce témoignage … désarmant, Nadine.