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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 13:35

 

 Langue-de-bois-et-institutions-2.jpgIl faut bien avouer, la langue de bois aujourd’hui s’est bien généralisée.

Elle nous paraît fort loin cette période où, dans ces impénétrables cabinets du tout aussi secret bunker de la place du Colonel Fabien, on pressentait le foisonnement  de ce langage à la fois officiel et exclusif, si spécifique aux cadres du « Parti » d’alors.

Un modèle d’expression et de communication solidement  arrimé à des concepts  toujours plus abscons les uns que les autres  et  apprêté d’acclamations pour un « socialisme » dénué de tout périmètre identifiable dans ses  aspirations en direction d’un « peuple de travailleurs » dont on ne connaissait - déjà - plus sa réelle physionomie…

Aujourd’hui la langue de bois est partout.

Elle s’est  propagée dans la plupart de  nos classes dirigeantes. Elle est animée par des politiciens  de tous bords, industriels, journalistes, fonctionnaires, syndicalistes et tant d’autres représentants de la société civile, sans oublier, of course, la toute récente pathétique, autant qu’ inefficace, tentative de « parler teck » de nos sportifs tricolores, de leurs instances fédérales et de tutelle.

Et la culture dans tout ça ?

Quid de ces grandes figures actuelles  qui revendiquent l’héritage  des années 60-70 ?

Une épopée de  défricheurs - justement -  qui exprimaient, au niveau de toute une société, une exigence à la fois créative et populaire,  faite de : subjectivité, d’antagonismes, de recomposition des modèles sociaux, éducatifs et culturels  qui appelaient à aménager, à l’échelle de toute une société, un vaste projet communautaire et généreux .

Las ! La langue en "essence exotique", semble désormais progresser auprès de nos plus éminents messagers autoproclamés :  «hauts  émissaires officiels » de la grande famille culturelle et artistique.

Un langage qui trouve sa robustesse dans la liquidation scélérate de ces remarquables « forêts », à la fois rares et vierges, de la libre pensée.

On assiste à l’avènement en catimini d’un galimatias « politiquement correct » qui gangrène le monde de la culture et qui façonne un modèle de pensée unique qui arase les esprits et la critique.

Massivement présente dans le "biotope" de la culture et des arts, dans le monde littéraire, les arts  plastiques, le spectacle vivant, la musique,  la langue de bois, et la « bien-pensance »  qu’elle engendre, nous empêche de raisonner autrement que par la doctrine indiquée.

D’abandonner ainsi définitivement, nos rêves et nos révoltes.

 

 

Lisse et parfaitement polie, la langue de bois, nous permet de glisser progressivement  vers l’endormissement, la léthargie ou la torpeur.

Son but étant d’élaborer un point de vue « étalon » et de le prescrire dans l’ensemble  des  voies de la création artistique et culturelle pour qu’il nous paraisse impossible ensuite,  ou dérisoire, d’exprimer une opinion non conforme à l’orthodoxie ambiante.

Un langage  institutionnel  « sylvestre » qui fleure bon le sapin. Apte à installer durablement un dense  nuage de brouillard - ou de fumée  -  mental.

Un  « patois » incompréhensible  bâti, par nos élites,  en pur teck  imputrescible prohibant si convenablement l’aventure collective et la créativité.

Qui stérilise et appauvrit,  sous une couche lisse et épaisse de vernis aseptisé, toute capacité d’autonomie et l’autodétermination.

La langue de bois institutionnelle est pourtant  bien identifiable dans l’ensemble des  messages  véhiculés par les apparatchiks culturels.

Pour l'identifier il suffit de reconnaître à quel point ces "figures"  se sont hâtivement emparées du pouvoir à l’aide de féroces putschs institutionnels, soutenus par le "réseautage" et les clans partisans.

Ou encore de convenir de la manière dont ces "physionomies"  envisagent, dans la durée, de conserver leurs prérogatives fabriquées autour de : postes, missions, subventions et autres  abondants "moyens" en tout genre ….

Des postures dogmatiques et intrinsèquement jointes à un langage convenu qui s’auto reproduit  et qui prospère grâce  au  découragement des publics  et par l’absence de tout contre-pouvoir, ou encore, par la renonciation de certains confrères territoriaux et, il faut bien le dire, par bon nombre d'élus "comprimés" par la pression  - ou les  lubies - de ces "stars" qu'ils accueillent...

Aujourd'hui la langue de bois pratiquée dans bon nombre d’institutions culturelles s’utilise aussi pour évincer toute critique et toute évaluation des actions conduites localement.

Pour  oindre et asservir des stratégies d’influence profitables aux uniques intérêts personnels plus ou moins avouables d'une minorité qui méprise et qui honnit, avec un cynisme  inégalé, l'intérêt général.

Au fond, manipuler autrui ça équivaut, tout simplement, l’empêcher de comprendre.

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Published by Sisyphe - dans Art & Culture
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commentaires

Alexandre A 19/11/2010 16:56


Vous avez habilement caractérisé la langue de bois.
Je vous propose un billet sur ce thème sur les paradoxes interdits (article du 18/11/10 "Le chêne dont se façonne la langue de bois))

Alexandre A


Sisyphe 19/11/2010 17:31



Je suis aux anges de constater que ce sujet "boisé" et éminemment politique vous passionne également.


Merci de l'attention que vous témoignez à ce blog.





willycat 30/07/2010 18:54


Je me rappelle d'un texte qu'on a lu à la fac et qui faisait une soixantaine de lignes "langue de bois" et au bout du compte, il n'y avait rien à en tirer c'est tout un art.


Sisyphe 14/08/2010 17:36



J’imagine bien l’ambiance qui devait dominer en amphi  lors de ce cours magistral portant sur la "langue de bois" …




Begonia 14/07/2010 13:16


J'adore le cours de "langue de bois" ! Et je me rends compte que mon patron a dû y être inscrit et le suivre avec beaucoup d'attention et d'ardeur... Je l'ai surnommé "Paris-Match" (en raison du
célèbre slogan "le poids des mots..."


Sisyphe 16/07/2010 22:44




Humm …


Paris Match agréerait-il la … langue de bois ?


Demande à … lire …