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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 13:05

Culture et hospitalitéLe monde de la  bibliothèque a commencé à se familiariser avec les théories de gestion tout en poursuivant son effort pour trouver des nouveaux chemins pour l’avenir de chaque fonds patrimonial dont il a la charge.

 

Cependant aujourd’hui la bibliothèque ne peut se contenter d’offrir, comme c’était déjà le cas dans le passé,  un unique archétype de service.

 

Pour le bibliothécaire, le seul service de prêt ne suffit plus pour relever, à lui seul,  les défis culturels du monde qui l’entoure et qui façonne la physionomie de la société réelle dans la complexe imbrication, aux multiples composantes sociales et culturelles qui constituent ses individus.

 

Outrepassant la simple posture – trop – consensuelle et un brin galvaudée, de « lieu citoyen » - et qui, à la longue, on ne sait plus vraiment ce que cela veut dire - la bibliothèque doit parfaire sa transformation lui permettant de « parler » plus concrètement et d’une manière plus novatrice aux différents groupes d’utilisateurs, non seulement aux assidus, mais également à ceux  qui hésitent encore à la fréquenter faute d’une meilleure lisibilité, de pluralisme et de richesse de l’offre.

 

Depuis plus de vingt ans désormais les bibliothèques publiques ont su valider et généraliser, les caractéristiques qualitatives essentielles touchant, par exemple, à la constitution et à la conservation de ses fonds.

 

La lecture publique  a su permettre  un effort intense, y compris financier,  visant à accroître la diversification et la qualité des documents.

 

On y a créé des multi supports pour rendre plus attrayantes les collections,  accentué le renouvellement et généralisé le libre accès des collections.

 

Durant ces deux dernières décennies, un effort significatif a été identiquement réalisé dans le domaine de l’investissement afin de non seulement  moderniser les lieux mais également d’en améliorer, en le numérisant, l’accès aux fonds.

 

Maintenant que l’outil est tout beau, tout étincelant et tout neuf, il serait peut-être temps de réfléchir à quel service public différencié nous ambitionnons pour nos bibliothèques publiques.

 

A quelles populations s’adresser et comment mieux répondre aux défis  qu'aujourd'hui nous guettent en matière, notamment, de multiculturalisme.

 

Car pendant que nous essayions d’ériger de nouvelles et plus modernes infrastructures, ou d’en renouveler, plus simplement, le seul mobilier, la société a, entre temps et à toute vitesse, inéluctablement changé.

 

Identifier les publics et reconnaître avec exactitude leurs besoins en matière de lecture publique signifie aujourd’hui affiner davantage notre compréhension de ces publics contigus localement à chaque lieu de lecture, d’en saisir leurs spécificités et d’en favoriser ensuite la pleine accessibilité - par tous les procédés possibles -  aux collections.

 

Oui, mais comment ?

 

Peut-être en renouant, si besoin en est, avec les idées fondamentales présentes dans le Manifeste de l’Unesco sur les bibliothèques publiques.

 

Un manifeste qui rappelle à notre mémoire comment les services publics doivent être livrés sur l’égalité d’accès pour tous, sans distinction sociale, de race, de sexe, de religion, de nationalité, ou encore de langue.

 

Les minorités linguistiques, mais aussi les femmes, les personnes âgées, les personnes handicapées, ceux qui se trouvent à l’hôpital ou encore en prison doivent, selon les particularismes de chaque territoire concerné, être inclus prioritairement dans le projet de développement de chaque lieu de lecture publique.

 

En somme si les collections acquiescent généralement aujourd'hui d’une « richesse » désormais admise un peu partout dans l’ensemble du territoire hexagonal, que leurs supports et leurs contenus sont variés et que les locaux ont été modernisés en profondeur, il est grand temps, maintenant d’y faire rentrer, en le reconquérant, le public.

Tout public …. !

 

Pour ce faire il faudrait peut-être faire évoluer la trop « séculaire » et bien essoufflée notion d’accueil (du public),  avec la notion … d’hospitalité.

 

Une notion certes aussi vieille que l’humanité mais qui parait trop oubliée dans bon nombre de nos équipements publics, comme dans notre nation toute entière.

 

Plus simplement pour nous, agents territoriaux, nous devons refonder, dans notre travail,  cette notion « d’hospitalité », en tenant compte qu’il s’agit d’une caractéristique importante de l’hybridation - réussie - entre la technologie et l’humain.  

 

Une capacité d’ouvrir avec enthousiasme nos pratiques vers les différentes « cultures » qui composent non seulement le territoire constitutif de notre pays, mais également de celles de la planète toute entière.

 

Une hospitalité qui se manifesterait principalement comme un droit à la citoyenneté et au multiculturalisme pour l’ensemble des ressortissants du monde.

 

En somme, une nouvelle forme d’humanisme qui dépeindrait en profondeur notre éthique.

 

Une nouvelle forme d’apercevoir, de comprendre, de travailler  et d’accueillir chez nous et en nous,  la planète qui nous entoure.

 

L’approche interculturelle de nos bibliothèques agissantes dans une société qui se transforme  peut promouvoir désormais la connaissance et la conscience de migrants provenant d’autres cultures, des étrangers que nous accueillons, des visiteurs, comme des passants occasionnels.

 

Accroître en somme une disposition féconde s'opposant au rejet de  toute tendance obsédante à vouloir « protéger » une seule identité et une unique tradition culturelle qui serait notre socle consubstantiel identitaire retiré du monde qui nous entoure.

 

Cela nous guiderait inéluctablement à répondre par le rejet et l’inacceptation  de toute action perçue comme intrusive qui se différencierait des « traditions »  culturelles nationales, aussi bien qu’ancestrales et  qui définissent - par le repli et par l’excrétion de l’autre -  si imparfaitement parfois -  nos sociétés.  

 

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Published by Sisyphe - dans Services Culturels
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commentaires

Raftery 12/06/2010 00:29



Merci pour ton passage. Ton site est si riche que l'on se sait plus où donner de la tête. De l'éthique à l'humanisme, de quoi moudre du grain les soirs d'insomnie.


 


A bientôt j'espère.   



Sisyphe 12/06/2010 10:33



Merci sincèrement de l’intérêt et les éloges que vous adressez à mes écrits numériques.


Je suis heureux de pouvoir vous servir ainsi de lecture … de chevet.



mercure 04/06/2010 07:41



La lecture de votre billet suit la mise en ligne du mien ( http://tinyurl.com/34ejd8r).


Vous êtes DAC, vous avez un peu les mains sur les manettes, non ?


"Vous devez, nous devons,  ils doivent" : allez, on passe à autre chose, à d ela collaboration intelligente, à du partage des stats et des indicateurs, voire au partage de vos stratégies
culturelles?


Mais plus de "données de leçons", non.


signé : un bibliothécaire qui vous veut du bien et doit vous en donner  :-)



Sisyphe 04/06/2010 14:33



Bonjour à vous, cher Michel - alias – Mercure,


Je vous remercie sincèrement de l’intérêt que vous avez témoigné  à mon blog personnel.


Merci également  pour votre commentaire ci-dessus, à ma dernière note en date.


J'ai été touché par votre si mesurée manière de "frapper" à ma porte numérique, avant d'y pénétrer. Vous êtes le bienvenu, bien sur !


J’ai lu avec beaucoup d’attention votre dernier et bien amusant billet dont vous me communiquez le lien que voici :


http://tinyurl.com/34ejd8r


Je ne vous surprendrai  guère en vous disant que je suis, d’une manière tout à fait  illimitée et sans réserve aucune :  POUR  l’ouverture du dimanche des bibliothèques (numériques ou pas) car, en paraphrasant Ovide dans ses « Métamorphoses »,  je vous dirai
qu’en qualité de Dac :  «   … Mihi cura futuri » ...


Quant à l’exercice privilégié que vous m’attribuez, de toute « manette » ([sic !] du pouvoir ?) , ou de bien autre
 « levier » ordonnateur similaire, l’administrateur  territorial avisé que vous semblez être, n’est pas sans savoir que l’autorité administrative territoriale d’un directeur
est avant tout subordonnée à l’autorité politique de … son élu …


L’agent propose et (son) élu dispose.


Et c'est très bien ainsi car "servir" - avec loyauté - son (notre) élu, demeure notre principale mission de service public, n'est ce pas ?


« Ab Jove principium ! » comme disaient mes ancêtres …
les Romains ... 


Avec votre autorisation, je me permettrai de suivre consciencieusement les contenus ultérieurs de votre blog.


Bon courage à vous et à  vos équipes pour l’ensemble des tâches qui vous restent encore à accomplir localement dans le domaine de la lecture publique
et, surtout,  en matière de  qualité et de continuité du service public.-