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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 15:47

formation-pour-les-sots-blog.jpgUn cauchemar récurrent se présente à nous tous, évaluateurs, lorsque la fatidique entrevue annuelle d’évaluation se déroule et que, deux heures durant (au moins), l’on doit échanger, avec une personne proche de l’engourdissement chronique, pour promouvoir les changements d’aptitudes, de capacités, de valeurs, d’efficacité, de comportement, d’éthique et tant d’autres sujets de cet ordre…

Entre autres points abordés : l’immobilisme, le relationnel exécrable et conflictuel avec la terre entière.

On s’interroge secrètement alors de quelle manière, une tel tempérament a pu se hisser, sans nul concours à son actif, sans nulle aptitude avérée par la gestion administrative d’un service, sans nulle empathie envers son équipe et ses collègues, et avec autant de paresse cérébrale,  au rang de cadre « A » de la fonction publique territoriale ; passant au travers des mailles du filet, au gré des changements, au fil des années, de l’exécutif politique et administratif d’une ville. 

Que dire donc, que faire, sans que cela ne tourne au dialogue de sourds. Evaluer quoi au juste face à tant d’abondance d’inertie pathologique et de mauvaise foi  pléthorique.  

Un remède peut-être : lui proposer - dans la durée - une formation en illustrant, d’une façon aussi convaincante que possible, les raisons d’un tel dessein.

La persuader que la formation ne constitue pas seulement une expérience enrichissante supplémentaire dans tout parcours professionnel, mais qu’elle engendre une véritable remise en question utile de nos pratiques personnelles et aussi, qui sait, un nouveau départ vers une nouvelle identité.

Toutefois Claude, avec un aplomb inattendu et un cynisme désarmant, me répliqua : « Et pour quoi faire ? Je n’ai pas besoin de me former. Voici bientôt 25 ans que je fais ce métier. Inutile de retourner sur  les bancs de l’école à mon âge. Non, merci. Ca ne m’intéresse pas… ».

Je suis resté sans voix, sans répartie, abasourdi, impuissant … Et l’entretien s’est achevé comme il avait débuté : incohérent, sans avancées probantes. En queue-de-poisson.

C’est pour cela que je ressens le besoin de vous répondre aujourd’hui, chère collègue, une fois le souffle retrouvé, par le biais de cette « note ouverte » afin de vous persuader de l’intérêt que représente l’entreprise d’un changement par la formation ; de passer du stade de chrysalide urticante et toute pleine de piquants que vous êtes aujourd’hui à celui, plus amène,  de « gracieux » papillon, que vous n’êtes pas.

La formation représente surtout une approche pour concrétiser un projet professionnel. Or, vous n’avez jamais rien entrepris de tel.

Le savoir, le savoir être, le savoir faire, passent avant tout par un processus de réflexion qui se vit et s’auto évalue au quotidien.

La formation est une interrogation récursive et permanente. Pour intégrer ce processus de changement, vous serez en contact avec d’autres apprenants, loin de votre quotidien professionnel d’ici, pour explorer et exploiter le potentiel de chacun. Cela pourrait, qui sait, vous inspirer dans vos pratiques de demain. Le groupe deviendrait alors un lieu de ressources, permettant de prendre en compte le potentiel créatif, ainsi que l’engagement de chaque individu  à évoluer ensemble dans la complexité.

J’ai pu personnellement expérimenter les bienfaits de cela, notamment lors de ma formation initiale et permanente.

J’ai pu vérifier concrètement que les objectifs définis par les projets n’étaient pas toujours en adéquation avec la dynamique générée sur le terrain. Les précieux apprentissages de mes formations m’ont permis de m’adapter, de contourner les obstacles. En tout cas, de toujours m’efforcer de régler des situations, jamais des comptes.

Ce qui est valable pour moi peut l’être aussi pour vous, Claude.

Aujourd’hui, cette expérience de formation vous autoriserait, probablement, à prendre du recul et de la distance face aux situations d’échec qui vous rendent si amère, si âpre, si rugueuse. Porter un autre regard sur le vécu du terrain. La rencontre et les échanges privilégiés avec des professionnels de la territoriale, pourraient autrement vous stimuler. Vous permettre, d’une part, d’acquérir de nouveaux outils et de nouvelles méthodes d’encadrement, mais surtout de mieux comprendre aussi les attentes de la commande « politique » de la commune ; de mieux cibler les rôles, les missions et les fonctions du cadre dans la conjoncture actuelle. D’appréhender, par l’anticipation,  les changements profonds qui nous attendent.

La formation alors deviendrait  un laboratoire d’analyse des expériences vécues sur le terrain, où abonderaient les éléments transférables. Vous pourriez, à l’occasion, pour vous-même comme pour l’intérêt général, y puiser des solutions novatrices.

L’examen des processus, chère  collègue, passe par l’interrogation de nos propres valeurs. Cela peut se révéler parfois douloureux à expérimenter, certes, mais cela permet inlassablement aussi de se forger une nouvelle identité nécessaire pour envisager l’avenir de notre fonction et pour mieux écouter et comprendre autrui.

La formation représente toujours un passage entre rupture et continuité. Elle permet surtout de concevoir et de mettre en œuvre  une vision nouvelle des problématiques qui enveniment, parfois,  notre relation à autrui.

Et puis, Claude, sachez avant tout que la formation est un lieu de rencontres et d’échanges, où chacun vient avec ses expériences, ses problèmes, voire ses frustrations, mais aussi ses espoirs, son enthousiasme et son projet.

Dans ce cadre unique et expérimental qu’offre la formation, la différence de chacun favorise la complémentarité de tout un groupe.

Ce décloisonnement de professionnels est une force. Il permet d’aller au-delà des « à priori » nécessaires pour atteindre la pluridisciplinarité, voire la transdisciplinarité tant recherchées aujourd’hui sur nos lieux d’exercice professionnel et que votre rôle de cadre territorial, l’exige.

Une formation - une bonne formation - dissiperait le brouillard épais dans lequel vous êtes plongée depuis des années et qui vous rend aveugle sur l’évaluation de la « qualité » relative à vos méthodes managériales imprécises.

Elle vous fournirait un éclairage indispensable pour passer du compliqué au complexe. Le passage de l’implication approximative dont vous faites preuve aujourd’hui, vers une distanciation plus précautionneuse, qui vous autoriserait  un « retour » plus avantageux sur vous-même.

Lors de la formation, vous pourriez aborder l’analyse des concepts et des différents modèles d’évaluation de vos pratiques et de celles de votre équipe.

La didactique, la pédagogie, la diplomatie et l’éducation. Peut-être même trouver d’innovantes méthodes de recherche que vous pourriez, lors de votre retour « intra muros », proposer profitablement à notre collectivité.

Des théories novatrices de nous inconnues, qui nous donneraient, qui sait, l’opportunité de construire ensemble de nouveaux repères qualitatifs dans nos pratiques d’évaluation.

Il s’agirait en somme de participer au développement d’une nouvelle intelligence critique évoluant, grâce à vous, au sein de notre espace social de travail. De permettre de réguler les projets où s’incarnent toutes les dimensions humaines : personnelle, professionnelle et institutionnelle.

Pour conclure ma chère Claude, je souhaite vous dire aussi que c’est en prenant de la latitude, de la distance et de la hauteur  que les cadres que nous sommes peuvent prétendre légitimement avancer sur la voie de l’autonomie et de l’authenticité.

C’est seulement dans ces conditions qu’un climat de confiance, d’écoute et de respect entre les acteurs pourra s’établir. Qu’un projet collectif pourra alors être réellement partagé autour de valeurs, autour d’une déontologie et d’une éthique commune.

Le véritable changement s’amorce quand les individus cherchent vraiment leur nouvelle voie. Il débute quand toutes les personnes concernées se plongent dans une quête de sens.

Avant ce stade essentiel, le changement est seulement un … discours.

Tiens-donc, après tout. Puisque vous la refusez : et si je la saisissais pour moi cette riche opportunité de formation ?

 

(*)  Toute ressemblance avec une personne réelle n'est que pure coïncidence.

 

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