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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 16:17

Culture-en-prison3.jpgDans nos prisons, l’état d’acculturation des détenus est plus mauvais que celui de la population générale. Cela s’explique d’une part parce que, avant leur entrée en détention, la plupart des prisonniers cumulent les facteurs de risque, (sanitaire et social) et d’autre part parce que bon nombre d’entre eux, par leur système même de vie avant leur incarcération, présentent des principes récurrents de rupture avec - entre autre - le système éducatif. Une situation qui rend isolément inapte bon nombre de  détenus à l’élaboration d'un projet individuel capable d’activer efficacement des liens sociaux à la fois de qualité et durables.

 

Ces facteurs de dislocation sociale si caractéristiques à la plupart de la population incarcérée ont, pour la plupart, un lien direct avec l'histoire judiciaire de chaque individu.

 

La détention provoque la réactivation et l’aggravation à la fois de ces caractéristiques.

 

Cela accroît, par la suite, les causes de récidive et avec cela, la succession des réincarcérations.  

 

S’intéresser par la culture à la personne détenue, ça équivaut d’établir une conception divergente  en matière de prévention de la récidive.

 

Pour cela, il faut être capable de dépasser les faits qui ont conduit la personne à son incarcération.

 

Lui permettre aussi de se préoccuper autrement et avec plus d’autonomie, de son devenir. 

 

Agréer aussi qu’il puisse restaurer, par la valorisation de l'image de soi, la reconquête de son corps et de son intelligence.

 

C’est également souscrire, d’une manière inédite, à la lutte efficace contre toute souffrance supplémentaire.

 

C’est pour cela qu’il est indispensable d’accroître et d’intensifier encore plus les prestations éducatives et culturelles en milieu carcéral.  

 

S’efforcer d’enrichir et mutualiser sans cesse les expériences qui, spécifiques à ce milieu, doivent savoir présenter des critères d’innovation qui permettent avant tout, l’appropriation et l’adhésion du détenu au projet.

 

L’action culturelle dans les prisons doit tenir compte et participer, dans sa globalité, au pouvoir « curatif », préventif, éducatif et, bien entendu, relationnel du prisonnier non seulement avec ses homologues détenus, mais également prévoir la conduite qui sera la sienne au moment de sa sortie de prison. Le préparer en somme à tisser efficacement une relation qualitative/novatrice avec la société extérieure du monde carcéral.

 

Le rôle du médiateur culturel dans les prisons est aussi de cerner, avec le détenu, les causes majeures de son mal-être d’individu et de lui permettre d’exprimer positivement les sources de ces ruptures par le biais d’une approche créatrice, innovante et personnelle. De lui permette la valorisation de sa personne et, de ce fait, l'aider à briser son propre et inéluctable « cycle vicieux », l’ayant mis en échec avec la société.

 

Cultiver, instruire, créer, partager, éduquer, participer et communiquer avec autrui,  tels doivent être les buts recherchés dans tout projet culturel et artistique proposé en prison.

 

Pour ce faire, l’action de l’animateur culturel en milieu carcéral doit s’inscrire fermement dans un travail inter professionnel et aussi dans une éthique capable de respecter sa neutralité.

 

Son activité est exercée dans un contexte où la sécurité est toujours présente. La vie en prison est soumise à des règles strictes fixées par l’institution pénitentiaire et non transgressables.

 

Ces règles sont en lien direct avec la sécurité maintenue tout au long des actions qui se déroulent intra-muros, ce qui implique la nécessité d’instaurer un authentique partenariat et une vraie complémentarité avec l’administration pénitentiaire.

 

Il est toujours souhaitable que ce partenariat  puisse se concrétiser par la présence et la participation d’agents des services pénitentiaires.

 

D’où la nécessité de former et de sensibiliser convenablement les  agents de l’administration pénitentiaire aux particularismes des projet : éducatif,s créatifs et  documentaires conçus et mis en oeuvre en prison.

 

Faire de la culture en milieu carcéral demande l’acquisition de réflexes et de précautions qui développent un certain recul sur ce qui est vécu à l’intérieur de cet environnement si particulier.

 

Cela demande indubitablement aussi une écoute et une approche adaptées au caractère social extrêmement « très fragile » de bon nombre de détenus.

 

Il faut respecter et savoir s’adapter sans cesse aux impératifs liés à la structure carcérale et aux espaces d’activité, souvent limités, disponibles.

 

Pas facile dans ces conditions de dénuement extrême de favoriser chez le détenu, l’émergence d’un climat créatif propre à stimuler son imaginaire et son inventivité dans des lieux où tout indique la privation de la liberté, la souffrance, l’enfermement et le repli sur soi …

 

L’arrivée dans cet univers entraine toujours une déstabilisation incontestable. Une inquiétude aussi.

 

Dès la porte franchie, on perçoit que la prise de contact avec autrui n’est jamais facile ni, encore plus, facilitée…

 

Savoir se « mouvoir » et pouvoir évoluer en huis clos, demande non seulement une expérience authentique, mais également une « intelligence » de l’humain hors pairs.

 

  • Comment donc dans ces conditions de travail inouï les médiateurs culturels peuvent-ils  trouver leur "juste" place ?
  • Comment savent-ils aller à la rencontre de leurs semblables et leur faire partager un projet, un message d’espoir ?
  • Comment construire avec le détenu des expériences qui puissent réellement concéder une alternative à cet univers d’enfermement qu’est la vie en prison ?
  • Quelles formations se créent aujourd’hui pour préparer à ce difficile travail qui requiert beaucoup de courage et de générosité, les animateurs culturels capables d'intervenir en milieu carcéral ?

 

Rares sont les apprentissages qui forment à ces métiers dans les prisons.

 

L’administration cherche toujours quelle sera la manière la plus efficace d’accueillir et intégrer dans la prison tout nouveau « auxiliaire » (ponctuel ou permanent) culturel…

 

Quels statuts aussi leurs conférer ?

 

La contractualisation ponctuelle avec des compagnies artistiques ?  Le conventionnement avec une collectivité locale afin de permettre, d’une manière la plus adaptée possible, le suivi bibliothéconomique d’un fonds de lecture à destination des prisonniers par des bibliothécaires territoriaux ? Avec quels moyens financiers ?

 

Il est cependant urgent d'étendre et de systématiser des formations spécialisées s’adressant spécifiquement aux professionnels de la culture comme aux agents de l’administration pénitentiaire car les besoins dans les prisons sont infins.

 

Concevoir et mettre en œuvre en milieu carcéral des projets audacieux en matière de médiation culturelle, c’est bien.  

 

Savoir estimer avec précision la complexité qui règne dans le fonctionnement de l’organisation carcérale, c’est mieux.

Cela aide à prévenir les échecs, les incompréhensions  voir : les découragements.

 

Car le principal écueil à surmonter pour soi-même est peut-être ce sentiment diffus de "solitude" que l'on éprouve face à l'insurmontable tâche qui attend celui ou celle qui se risque à cette expérience.
Il faut aussi comprendre et accepter qu’il ne sera jamais aisé de « naviguer » en prison sans courir le risque de perdre « son cap ».


Le triangle « équilatéral » qui se forme entre le médiateur culturel, la prison et le détenu est aujourd’hui entièrement à composer.

 

Comment donc dans ces conditions ne pas se sentir déstabilisés par la dureté de l'environnement carcéral ?

 

La culture en milieu pénitencier doit avant tout être capable d'engendrer des projets collectifs permettant d’ouvrir le détenu à d’horizons aptes à l'espoir et capables de réinsertion.

 

L’art et la culture véhiculent des valeurs primordiales pour notre société.  Parmi les plus essentielles subsistent : le respect de la vie, la considération de la personne humaine et la conservation de sa dignité.

 

Quel autre lieu que la prison paraît plus idoine pour sensibiliser et éduquer, ou rééduquer, à une éthique aussi nécessaire pour notre société ?

 

J’ai pu comprendre sur place à quel point la « chose culturelle » ne s’exprime pas exclusivement par la seule voie de la connaissance, de l’érudition ou encore par les cognitions techniques ou savantes que nous possédons d’une science.

 

Faire de l’art ou de la culture ça s’exprime plus naturellement encore par une capacité authentique « d’être » généreusement dans le monde avec autrui.

 

Par une prédisposition aussi  d’incarner  et de partager concrètement des valeurs éthiques communes qui façonnent, dans une persévérante progression verticale,  notre capacité « d’être » harmonieusement  et sincèrement avec autrui.

 

Cela peut se matérialiser simplement à travers des gestes, des mots et des regards véhiculant l’espérance, la compréhension et de respect de soi-même qui commencerait, d’abord, par la considération, plutôt que par la négation,  que nous avons de l’autre.

 

Un quelque chose  d’omis parfois  pour nous aussi et, qu’identiquement, nous nous devons sans cesse de réapprendre.

 

Produire dans les prisons une médiation culturelle efficace demande la capacité et le don de cerner la douleur et la détresse de l’autre et d’y apporter une réponse adaptée qui … apaise.

 

De transporter aussi des alternatives  et des choix distinctifs, voir uniques.

 

Nul doute, qu’en prison aujourd'hui cette démarche soit attendue non seulement comme une nécessité, mais également comme une urgente priorité.

 

Réussir principalement dans ce sens à cibler des « indicateurs » et des objectifs comparables, nous permettra efficacement aussi de former les « baromètres » indispensables autorisant, ensuite, une évaluation pertinente aux activités accomplies.

 

Car, in fine, dans les prisons, en matière d’action culturelle, qu’est-ce qui est vraiment attendu en termes d’évaluation ?       

    
De ma part je suis sincèrement persuadé que l’ouverture à l’art et à la culture dans les lieux de détention encourage efficacement le prévenu à rompre assurément avec la fatalité de sa propre exclusion et l'aidera à transformer sa propre inéluctable trajectoire d’individu justiciable.

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commentaires

Pérignon 03/07/2014 10:43

Bonjour,
je suis étudiante en médiation artistique sur Paris, à l'INECAT et j'aimerai faire mon stage en milieu carcéral. Je te remercie pour ton article qui me renforce dans mon choix et dans mes
convictions personnelles.
Je voulais te demander si tu connaissais dans médiateurs ou arts thérapeutes dans ce domaine sur Paris ?
Merci et bonne journée à toi.
Matty

Sisyphe 03/07/2014 12:24



Bonjour Matty,


Merci pour votre commentaire bien agréable relatif à la note : « Médiation culturelle en milieu
carcéral : une brève histoire du temps … #2 »


Postée sur le blog  Sisyphe à Elsinore : blog d’un Directeur des Affaires Culturelles 


 En réponse à votre question relative aux acteurs exerçant dans le domaine de la médiation et de l’art-thérapie en prison, vous pourrez trouver plus d’informations et d’éclaircissements dans
la très intéressante revue : Art et Thérapie et notamment dans le numéro 84/85 : « En Prison » :


 Art & Thérapie


3, rue Georges Lardennois 75019 Paris


eviarme@gmail.com


Directeur de la publication : Jean-Pierre Klein


Rédactrice en chef : Edith Viarmé.


 … et dont voici le sommaire :


Jean-Pierre Klein : « Vers la vie, étapes pour une présence » ;


Olivier Gosse (auteur, metteur en scène) : « L’autre est un Je, de l’art en prison à l’art comme avant-gardisme social » ;


Nicole Charpail (comédienne) : « La prison-métaphore, le théâtre comme tentative d’accession à sa liberté intérieure » ;


Jean-Christophe Poisson (metteur en scène) : « Le silence du Hamster, j’assume » ;


Anne Toussaint (cinéaste) : « Réaliser l’absence.  Sans elle(s). 7 hommes prisonniers, 7 regards singuliers » ;


Claire Jenny, Nathalie Schulmann, Gérard Stehr (chorégraphe, danseuse, écrivain) : « Le corps du danseur est par nature résilient, danse, vidéo » ;


Sabine Monirys (plasticienne) : « Souvenirs d’instants, une approche sensible » ;


Marie-Christine Marlovic-Dalstein (marionnettiste, psychothérapeute) : « Paroles en mouvement, un atelier marionnette » ;


Katarine Haussamann (psychologue, peintre) : « La création d’image, une question d’acte. Un atelier d’expression plastique en milieu carcéral » ;


Patricia Checco-Morel (intervenante en expression et communication) : « Comment élargir son champ de conscience, préparation à la sortie »


……… 


Renseignez-vous donc auprès du centre de documentation de votre Institut de formation. Il est fort à parier que votre école soit abonnée à ce périodique spécialisé.


Par ailleurs, d’autres articles parus dans d’autres numéros de cette revue très intéressante sauront, j’espère,  vous apporter de manière complémentaire des pistes de réflexions ainsi que
d’éventuels autant que possibles contacts utiles.


Ainsi, n’hésitez pas chère Matty, si vous le souhaitez, à me tenir au courant au sujet de la progression de vos études et de l’ensemble vos démarches professionnelles dans les domaines qui vous
captivent.


Dans cette attente.


Bien cordialement.


 


S. 



Sofi 12/12/2009 22:22


Merci d'être passé sur mon blog, je m'applique à en faire un lieu artistique et soigné. ton blog aussi est bien fait et j'aimerai savoir en quoi consiste ton travail de directeur des affaires
culturelles ? Car je n'ai pas tout saisis.
A bientôt

Sofi


Sisyphe 14/12/2009 09:41



Bonjour Sofi,


Merci pour ton petit mot sympathique ci-dessus.


Pour mieux répondre à ta question voici une note publiée le 31 mai
2008 qui peut-être pourra mieux t’apporter des précisions concernant l’activité d’un directeur des affaires culturelles.


A bientôt j’espère.