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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 11:07

création et politiques culturellesGénéreuses, volontaires, opiniâtres, sensibles, persévérantes  …  parfois même obstinées, les politiques culturelles locales s’évertuent inlassablement, depuis au moins trente ans, à vouloir capter les « besoins culturels et artistiques»  des créateurs... 


Vaste chantier. 


En toute bonne foi, les pouvoirs locaux aspirent à la qualité  du dialogue avec les créateurs issus du territoire, car derrière un auteur se cache toujours un usager. Toutefois, il peut paraître bien étrange que ce « dialogue » soit toujours - et exclusivement - régi autour d’un  cadre très réglementé, ou contractualisé…. Des conventions, qui bornent les périmètres de cette « conversation » et qui se désirent équitables entre l’exécutif local et le créateur.


Pas sûr toutefois, qu’en matière d’art et de création, ces principes  puissent instaurer la meilleure méthode à une permutation, efficace et innovante, des idées entre l’artiste et l’élu.

  

Il y a là une bien difficile quadrature du cercle.

  

Depuis toujours, les décideurs locaux aspirent à une meilleure adéquation entre leurs propres ambitions en matière de médiation culturelle et les très libres synergies créatives si caractéristiques des artistes.


Un heurt de visées trop distinctes pour pouvoir se rencontrer.


Une situation qui renforce fréquemment cette étrange impression d’incompréhension, voire de décalage avec les schémas politiques de développement culturel, bien souvent réalisés sans véritables évaluations des réels besoins des créateurs locaux.

  

Quid donc de ces harmonies tant recherchées par les élus et de leur prédisposition à « cheminer à deux », à l’intérieur des anfractuosités complexes de leurs politiques culturelles ?

  

Il faut croire qu’il y a là comme une erreur de méthode.

  

Cette méprise se discerne singulièrement dans cette farouche volonté de l’élu à vouloir, à tout prix, édifier « sa » politique culturelle sans agréger, en amont, l’appréciation du créateur.


D’où la question : une (bonne) politique culturelle doit-elle être établie avec ou pour l’opérateur artistique local ?

  

Peut-on également concevoir des réalisations culturelles et artistiques sans que, nécessairement, apparaisse la mention (ou label) : «politique locale» ?

  

L’artiste considère-t-il les « doctrines » politiques en matière de développement du territoire lorsqu’il engage son propre processus de création ?


Comment, en définitive, permettre à l’artiste de disposer de conditions, de lieux et d’outils propices à l’épanouissement de ses propres projets, de ses appétences et de ses attraits en matière de création artistique ?


Aujourd’hui, nous manquons principalement de lieux et non de «discours»  pour que les voies des expressions artistiques - toutes les expressions artistiques  - puissent se révéler et essaimer durablement.


Comment, en somme, prescrire l’autonomie, l’indépendance et la liberté culturelle si les seules conditions préalables à  l’émergence du projet, sont soumises aux «oukases»  des politiques locales ?

  

Il serait temps, enfin, d’accomplir des modèles en matière de politique culturelle et artistique pour  les créateurs, et non avec eux.


En somme, un renoncement à toute visée «politique» lors des arbitrages rendus en la matière.

  

Mais en France, cela est-il seulement imaginable ?


Partout dans nos territoires, on évoque la « planification conjointe », ou encore la « co-conception » entre l’artiste et l’autorité politique locale.

  

Cette  extravagance, bien hexagonale, assujettit l’extraordinaire force créatrice et innovante qui porte un grand nombre de projets artistiques locaux.


Cela produit des lenteurs qui contraignent la vigueur de la création, trop fréquemment confrontée à l’endémique léthargie administrative et, trop souvent, à une mécanique de la décision politique locale rarement inventive.


Une bien dérisoire tentative, en somme, d’allier l’oiseuse « raison » institutionnelle avec la sidérante vitesse créative de l’artiste.


Le mariage de la carpe et du lapin…


Universellement, le politique persiste à prôner la prééminence des auteurs et des créateurs locaux en matière d’art et de culture or, dans nos territoires, c’est l’orthodoxie institutionnelle qui prévaut.


On incite, à grand renforts de dispositifs complexes, l’émergence des synergies créatives alors, qu’un peu partout, l’autonomie des créateurs régresse.


Le risque encouru, à baliser ainsi les voies de la création artistique contemporaine, est d’éloigner l’œuvre et l’artiste de ses principales finalités.


Il faut lui permettre d’exprimer librement, pleinement, naturellement et ouvertement ses propres buts ou projets personnels.


Des modifications s’imposent, aujourd’hui, dans les stratégies de mise en œuvre des politiques culturelles de demain.

  

Des ajustements qui paraissent minimes, dans la théorie, mais immenses  dans nos esprit de gestionnaires.


Une simple question d’adaptation pour mieux  prendre en compte les dimensions primordiales d’autonomie, de liberté et d’indépendance du créateur.


Un réalignement de la « chose politique », sachant - autrement - ouvrir des «fenêtres» de liberté encore plus authentiques  et singulièrement plus durables.


Des espaces de créativité où la priorité des moyens octroyés serait déployée à mieux soutenir généreusement et sans aucune contrepartie, l’expression et l’œuvre des créateurs.


A leur meilleure visibilité aussi.


 

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commentaires

Tinette 29/04/2011 12:03


Une expérience d’art public qui paraît bien intéressante.

http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/28/un-an-pour-changer-deux-trois-rues

http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/28/gens-de-la-ruhr


Sisyphe 29/04/2011 17:56



Merci beaucoup pour ces signalements/expériences très intéressants.



lehalle 25/04/2011 08:53


Bon, comme vous voulez, liberté chérie, et les artistes trouveront bien une cousine, un beau-frère ou une petite consultante comme moi pour mettre les "bons" mots-clefs, dans leur réponse; ces
mots, véritable code de langage appuyés sur le socle actuel de l'appareil idéologique de la culture publique,séduiront les pourvoyeurs de subventions publiques. C'est simple,ils y seront tous, ces
mots, avec très peu de bla-bla autour( les artistes adorent ajouter plein de bla-bla mais ça ne passe pas, trop flou, trop "vaseux" pour l'administration, c'est vrai.) Et les artistes ne sont pas
formés pour écrire tout cela.Heureusement, d'ailleurs. Et il n'y a pas qu'eux , par parenthèse. Cet été j'ai rédigé un "proet scientifique et culturel" pour un musée.Même les conservateurs n'y
arrivent plus. Il est vrai que, là aussi, l'exercice est ultra codé.Le ministère supporte d'ailleurs très bien cette "médiation" par des consultants privés. Il maquille cette médiation en disant
que c'est une "aide à..." ou "un accompagnement de...", mais je vous l'affirme bel et bien, c'est nous qui devons penser, analyser, synthétiser, proposer,"benchmarker" et rédiger ces PCS. Pourquoi
les conservateurs ne peuvent-ils plus, raisonnablement, faire l'exercice? Parce que chque doemaine ( conservation préventive, question des publics) est devenu complexe, et se tenir "à jour" sur les
méthodes et documents nécessaires relève d'autres compétences que les leurs, voire d'autres métiers( Recherche; Développement territorial; statistiques;DRH; fiscalité ou psycho-pédagogie de
l'enfant;TIC... etc...).
A mon humble avis, tant que l'on ne changera pas assez radicalement le système - ses objectifs, ses stratégies, ses "vieilles lunes", aussi! - ce type de rustines, pas très reluisantes, je vous
l'accorde volontiers, est aujourd'hui indispensable pour que les acteurs culturels, à commencer par les artistes, continuent d'avancer malgré les obstacles et la complexité de notre appareil
administratif et financier.


Sisyphe 25/04/2011 15:28



(Sourire).           


Oui Lehalle, c’est tout à fait ça…


Excellente idée que des « petit(e)s consultant(e)s » puissent intervenir dans l’accompagnement « rédactionnel » de chaque porteur de projet.


Une assistance technique précieuse qui éclaire, édifie et instruit.


Des authentiques sherpas « culturels » transportant du sens et rendant lisibles et évaluables les belles lubies de nos amis créateurs. (Ah ! Les artistes …. !)


Pour l’administration et pour les administratifs, heureusement que vous êtes là.


Changez rien, Lehalle. On a si besoin de vous …



Lehalle 21/04/2011 11:30


Quelle belle question! Ce blog m'épate toujours par son ton décalé, ses propositions innovantes et la qualité de l'écriture de son auteur. C'est vrai que, entre le laisser-faire adminsistratif des
élus paresseux ( conventions, subventions, aide aux projets: voyez au magasin, nous avons tout ce qu'il faut!) et une assistance permanente ( mais quand s'arrête-t-elle?), les droits des artistes à
vivre, à créer en paix ne progressent pas.Mais au fond,vous le savez bien, ils n'auraient besoin que d'une seule chose, de la part de "leurs" Coll.Territoriales : des moyens, de l'argent. Pour
vivre sans mal (logement, transports...)et créer en paix,sans injonction politique, vous avez raison sur ce point.Et puis tricher tout le temps est usant, pour les artistes : adapter son projet aux
"publics-les-plus-larges-possibles" ou aux petits-enfants-des-écoles-locales est usant, même pour les chasseurs patentés de subventions.Faire un appel à projet? Sur le papier, c'est bien. Mais,
pour en avoir fréquenté tellement, je crois aussi qu'"écrire et présenter un projet" est un exercice que les acteurs de la création n'aiment pas, ou ne savent pas faire. Oralement, en B to B devant
vous, c'est beaucoup mieux.Donc ma proposition : à nous (administraifs, élus...) de "traduire" et de rédiger le résumé de l'entretien, de rédiger le projet. D'en tirer aussi peut-être un projet
"collectif", si possible. Faire "go-between", voilà ce que je propose!Elus, DAC et autres administratifs sauront, mieux que personne( et pour cause...) l'adapter aux desiderata et priorités des
stratégies locales et les replacer dans le contexte des autres politiques conduites sur le terrain.Les fonctionnaires et les financeurs des politiques culturelles sont-ils prêts à faire "go
between? Je ne sais!Je l'espère:-)


Sisyphe 22/04/2011 13:35



Merci Lehalle pour vos compliments.


Cela me touche vraiment.


Servir d'intermediaire, "why not" ...


Servir de "scribe" pour substituer le porteur du projet dans la rédaction, "sur papier",


"certainly not" !


(sourire) ...


Merci pour vos visites si fréquentes et si bien inspirées.


A bientôt.