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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 15:27

Cultures intergenerationnellesEncore trop souvent de nos jours, le problème de l’âge ne semble se poser qu’à propos de l’enfance.

 

Pour ce qu’il en est de nos aînés, notre société paraît encore figée dans la représentation « sociale » de la vieillesse construite depuis la civilisation de la Grèce ancienne et si peu changée depuis.


D’Homère à Epicure en passant par Sophocle, Euripide et Platon, nous semblons toujours hésiter entre la crainte et le souhait d’appréhender la vieillesse.

 

Jadis, le vieillissement s’intégrait dans une représentation assez simple, avec le désir évident d’établir une correction constante entre les avantages et les inconvénients que l’avancer en âge procure.

 

Pour les "pertes" on se contentait de pointer l’inexorable déclin des forces physiques, la diminution de notre capacité de reproduction et, du point de vue social,  la perte du « pouvoir ». Pouvoir représenté  par le recul de la vie active et, in fine, le départ à la retraite.

 

Du coté des "profits",  on imaginait que le grand âge autoriserait le développement de la sagesse, l’augmentation de la capacité éducative et, enfin, l'obtention du respect que la société toute entière concéderait, de plein droit,  à tout aîné ...

 

Las. Il est frappant de constater à quel point notre  société a changé en quelque décennies à peine.

 

Avec l’explosion démographique et l’accroissement de la longévité, mais aussi avec les crises sociales et économiques qui n’ont cessé de heurter et de fragiliser notre société depuis environ une bonne quarantaine d'années, il convient de souligner à quel point la promotion sociale - et culturelle - de la vieillesse, n’a cessé de se dégrader.

 

Notre monde nous renvoie souvent une image désastreuse de la vieillesse avec la peur de mal vieillir, de finir seul, mal aimé et dépendant.

 

Faire le deuil de sa jeunesse dans une société de plus en plus endurcie à la solidartié entre les générations et qui prône le « jeunisme » à tout va, devient de plus en plus ardu.

 

Participer aujourd'hui à la lutte contre la mise à l’écart des personnes âgées et d'être capables de valoriser tout ce qu'elles nous apportent, celà signifie non seulement accomplir une certaine forme de résistance contre brutalité sociale ambiante, mais également faire barrage à aux multiples formes de l'exclusion et de la discrimination.


La prise en compte globale de la personne âgée ne repose pas uniquement sur la seule politique en matière de santé publique, mais également sur une plus sincère et plus altruiste prise en considération du facteur humain et de son environnement socioculturel.

 

Comment ne pas être surpris du fait que  dans bon nombre de villes dans l'hexagone trop rares encore sont les politiques de développement culturel qui détaillent avec précision des objectifs clairs et volontaires d'une offre culturelle tout à la fois tangible et pertinente pour la personne âgée.

 

Or les usagers âgés sont dans nos villes, bien plus que toute autre catégorie socio-professionnelle, ceux qui ont le plus besoin de partager des liens culturels et sociaux.


Fragilisés, isolés et ordinairement muets dans leur peine, ils échappent  aux indispensables politiques publiques  de … « prévention ».

 

Lutter contre les inégalités dues au grand âge, signifie de souligner à quel point il est important aujourd’hui de mettre en place des actions qui permettent une meilleure qualité de vie dans les situations difficiles que nos aînés rencontrent quotidiennement et qui, parfois, éludent notre vigilance ou "évitent" notre conscience.

 

C’est pour cela que des schémas - ou projets - de développement culturels doivent se déployer encor plus dans nos territoires afin de permettre, sans discriminer, non seulement la continuité du service public mais également l’exhaustivité de l’offre culturelle pour l’ensemble des publics, y compris pour ceux les plus âgés.

 

Comme c’est le cas pour la santé et pour le social, la culture aussi doit concourir aux temps « préventifs et éducatifs » qui se succèdent pour chaque segment des âges tout au long de la vie.

 

En complément à cette fonction préventive, l’offre culturelle devrait aussi transporter un deuxième volet qui, pour nos aînes,  pourrait se déployer en direction d'initiatives ou d'activités collectives additionnelles et subsidiaires des pratiques individuelles qui, proposées seules dans leurs particularismes, auraient trop tendance à se montrer sélectives, donc rédhibitoires, pour les usagers  en état de dépendance.

 

Troisièmement enfin, l’offre culturelle pour les personnes âgées, devrait avant tout contribuer  aussi à changer principalement le regard que la société porte sur les aînés...

 

La culture participe toujours à l'éclosion d'un changement profond dans les comportements de nous tous,  y compris vis-à-vis des plus anciens.


Elle favorise également, par la tolérance et la compréhension de l'autre,  la prévention des conduites qui peuvent se montrer, dans bon nombre de situations, des facteurs de maltraitance (directe ou indirecte) physique, psychologique ou sociale.

 

La lutte contre la précarité et l’exclusion doit passer encore par une attenuation de ce « jeunisme »  ambiant et dans lequel on voit mal comment on pourrait, aujourd’hui, "vieillir" dans des bonnes conditions.

 

Sans arrogance ni mérpis aucun, l’offre culturelle pour le troisième - voir pour le quatrième âge - devrait aussi s’accompagner d’une profonde réflexion sociologique menée sur la représentation de la vieillesse dans notre société.

 

Comment les plus âgés ont-ils vécu ? Quelle idée avons-nous d’eux en attendant le jour où nous serons, à notre tour, concernés ?

 

Il semble y avoir  là,  tout un champ d’investigations non seulement sociétales mais également culturelles très profitables pour initier des pédagogies, des préventions, des informations, des volets éducatifs, et des échanges intergénérationnels à la fois innovants et efficaces.

 

Enfin, pour qu’elles puissent réussir dans leur rôle de promotion culturelle pour tous, chaque prestation culturelle proposée, doivrait également coïncider avec « l’histoire » de chaque usager.

 

Une histoire composée de vie sociale, de savoir, d'acquis et de souvenirs qui entrecoupent et façonnent les liens que chaque aîné entretien avec sa propre mémoire et la notre et dans lesquels notre avenir se reflet.

 

Progresser ensemble et durablement dans une société en perpétuel mouvement comporte de bien prendre en considération les besoins sociaux de chaque individu.


Un épanuissement qui serait ambitionné avec forcepar nous et qui passerait par des offres culturelles incontestablement authentiques et qui viseraient a optimiser, pour chaque personne : jeune ou  âgées, sa « bonne santé » physique, sociale, psychologique et culturelle.


Une démarche solidaire et fraternelle qui autoriserait l’aîné - indépendamment de son état de santé et/ou de dépendance - de prendre une part active dans la communauté d’aujourd’hui, brisant ainsi toute fatalité liée à la discrimination due aux âges de la vie.

 

Pour participer à un plus vaste projet de société, à la fois novateur et responsable, il faudra aussi former les professionnels culturels de demain à ce type de prévention.


Leur donner  des réelles capacités d’évaluer avec précision les résultats de chaque prestation culturelle spécifique issue de ces priorités car, pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées, il faudra indubitablement s’attaquer, en profondeur,  aux origines de chaque inégalité ayant un impact tangible tout au long de la vie.


Des spécialisations qui permettront de mieux lutter aussi contre les déséquilibres et les inéquations.


Cela nous aidera également, ainsi que les générations futures, à réfuter à jamais toute thèse répréhensible selon laquelle le grand âge gommerait les différences sociales et culturelles des individus.

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commentaires

Valérie Martel 31/01/2010 18:37


Bonjour et merci pour votre réponse. Si possible, j'aimerais que le lien vers l'article de senior actu n'apparaisse pas (c'est vraiment de l'histoire ancienne). En revanche la vidéo de Omega TV à
l'adresse http://www.omegatv.tv/video/45072484001/sante/mieuxvieillir/ est récente et beaucoup plus significative de notre activité.
Bien cordialement.


Sisyphe 31/01/2010 19:48



Conformément à vos souhaits,  voici activé le lien que vous venez de me communiquer dans votre nouveau
commentaire ci-dessous.


http://www.omegatv.tv/video/45072484001/sante/mieuxvieillir/ Je vous remercie de vos passages sur mon blog.



Valérie Martel 31/01/2010 00:38


Peut-être la visite du site http://compagniealouette.googlepages.com vous interessera-t-elle.
Il y est question d'un projet culturel dans les hôpitaux gériatriques qui se développe depuis 2006. Un projet qui participe au maintien du lien social, à une présence artistique (danse, c'est
encore plus rare) dans les services gériatriques, à des moments de plaisir pour les patients mais aussi pour l'ensemble de la communauté hospitalière.
Au cours de rendez-vous réguliers et fréquents, de nouveaux liens entre tous (patients, soignants, danseurs, familles) se développent. Les uns et les autres se rejoignent dans le vecu en commun
d'émotions qui deviennent supports de communication, pendant et après les interventions. Les soignants découvrent les patients sous un nouvel jour, et un nouveau regard porté sur eux entreîne
une  façon différente de s'occuper d'eux. Chez les patients, les mémoires sensorielles et émotionnelles sont activées, le mouvement stimulé, la douleur un temps apaisée.



Sisyphe 31/01/2010 16:04



Merci pour le signalement relatif à l’activité de votre association.


En complément de votre l’indication, voici le lien
vers votre page de présentation de vos activités artistiques en milieu hospitalier gériatrique :


http://sites.google.com/site/compagniealouette/


 J’espère que ce signalement puisse contribuer à
mieux faire connaître le travail de votre association en direction des personnes âgées hospitalisées.