Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 18:37

louise bourgeoisMa première et personnelle rencontre avec la plasticienne Louise Bourgeois, ou plutôt avec son œuvre,  remonte dans les années 1993 à la XLV Biennale de Venise et en 1995 pour l’édition suivante de la célèbre « Mostra » Vénitienne où, Jean Clair avait également invité l’artiste autour de la thématique « Identité et altérité » engendrant le cœur de cette XLVI édition de la Biennale.

 

Ici et là on pouvait apercevoir la petite et fluette silhouette de Louise Bourgeois, interrogeant tantôt en français,  tantôt en anglais,  les visiteurs au sujet de son installation.En apprenant la semaine dernière, depuis mon récent séjour à Venise, la nouvelle de sa disparition à l’âge de 98 ans, j’ai eu comme l’impression qu’un signe puissant me sollicitait car la ville lagunaire s’apprêtait à consacrer, à partir du 4 juin courant, une énième rétrospective qui lui était consacrée.  

 

Cette  Mostra  Louise Bourgeois ne la verra pas, de même que nous n'apercevrons plus cette artiste dans ses déambulations inspirées et organiques qui tant, jadis,  nous ont émerveillés et interpellés à la fois.

 

Elle avait attendu, dans les années 60,  le souffle minimaliste pour montrer ses premiers signes d’une certaine émanation créative contemporaine - et qui plus tard inspireront, dans la théorisation de son anti-form  si cher à Robert Morris -  ses premières créations morbides, flexueuses et indéfinies si symptomatiques de son style artistique.

 

Les pourtours de ses nouvelles figures ont favorisé alors une lecture comme anticipatrice de son renouveau et  qui a, depuis, transformé son travail en excentrique,  à l’opposé de la rigueur modulaire qui autrefois caractérisait ses créations.  

 

Plus que des influences approximatives, ses authentiques rencontres artistiques avec un Dali, Meret, Oppenheim, Tanguy et Claes Oldenburg, ont favorisé chez elle l’émergence dell’eccentric abstraction. Des racines indéfinies et improbables agréant  chez elle des passerelles entre le surréalisme et le pop art.

 

Le ’68, et le mouvement italien : Arte Povera devait également transiter dans ses influences balisant de la sorte et à jamais, ses nouveaux élans tendus vers les trajectoires de femmes engagées dans le mouvement féministe telle qu’Eva Hesse.

 

Les années 1980,  très intenses,  virent ensuite sa consécration – du Moma de New York en passant  Musée d’Art Moderne de Paris, un peu partout dans le monde.

La légende Bourgeois était née.

 

 

 

Dans ses œuvres, fécondées par un éreintant travail de retranscription autour des thématiques de : l’anxiété, l’aliénation, l’amour, l’identité, le sexe et la mort, Louise Bourgeois a sillonné  les frontières de plusieurs mondes, avec autant de dissemblables techniques qui ont donné vie à tant d’hétérogènes créations.

 

Oscillant toujours entre mémoire et douleur, entre consolation et épouvante, Louise Bourgeois a puisé inlassablement son inspiration dans l’imaginaire obsessionnel de nos sociétés.

 

Beaucoup de choses ont été relatées  au sujet de sa « mère-araignée ».

 

Ma personnelle perception de la masse de ces projections fantasmatiques et si singulières à l’artiste, est avant tout le discernement d’une immense et douloureuse émotion mélancolique qui exhalerait de toute son œuvre.

 

L'expression d'une lancinante et sourde impression d'une vie (ou d'une mort) qui semblait l’avoir oubliée comme pour mieux la contraindre  aux voyages, à l’exil, à l’éloignement et, surtout, à l’incompréhension de ses semblables durant ce persistant siècle qu’elle aura traversé.

 

Elle avait peint et sculpté ses œuvres en les structurant entre l’exceptionnellement énorme et le considérablement petit.

 

Elle a forgé la figure de l’humanité dans tout ce qu’elle a d’impénétrable et d’ostensible. 

 

Une œuvre inéluctablement tenue par les liens subtils et visqueux que la vie, telle une araignée, tisse autour de ses cibles.

 

Une existence dans laquelle des logiques, des stratégies, des baisers, le temps qui égraine, des caresses  qui se perdent et des mâchoires invisibles qui nous terrifient, ne cessent de broyer l’humain.

Louise Bourgois n’est plus pour nous raconter cela.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sisyphe - dans Art & Culture
commenter cet article

commentaires

Raftery 12/06/2010 00:32



Cela m'a choqué au matin de l'information de sa mort. Sa mère araignée m'a tellement parlé que j'ai eu l'impression d'en perdre un bout de la mienne. C'est sans doute idiot mais voilà ma toute
première impression au départ de cette fabuleuse dame.  



Sisyphe 12/06/2010 10:43



… Un départ si brusque et si inattendu qui nous laisse tous un peu orphelins de cette prodigieuse et inhabituelle
artiste.