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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 11:07

création et politiques culturellesGénéreuses, volontaires, opiniâtres, sensibles, persévérantes  …  parfois même obstinées, les politiques culturelles locales s’évertuent inlassablement, depuis au moins trente ans, à vouloir capter les « besoins culturels et artistiques»  des créateurs... 


Vaste chantier. 


En toute bonne foi, les pouvoirs locaux aspirent à la qualité  du dialogue avec les créateurs issus du territoire, car derrière un auteur se cache toujours un usager. Toutefois, il peut paraître bien étrange que ce « dialogue » soit toujours - et exclusivement - régi autour d’un  cadre très réglementé, ou contractualisé…. Des conventions, qui bornent les périmètres de cette « conversation » et qui se désirent équitables entre l’exécutif local et le créateur.


Pas sûr toutefois, qu’en matière d’art et de création, ces principes  puissent instaurer la meilleure méthode à une permutation, efficace et innovante, des idées entre l’artiste et l’élu.

  

Il y a là une bien difficile quadrature du cercle.

  

Depuis toujours, les décideurs locaux aspirent à une meilleure adéquation entre leurs propres ambitions en matière de médiation culturelle et les très libres synergies créatives si caractéristiques des artistes.


Un heurt de visées trop distinctes pour pouvoir se rencontrer.


Une situation qui renforce fréquemment cette étrange impression d’incompréhension, voire de décalage avec les schémas politiques de développement culturel, bien souvent réalisés sans véritables évaluations des réels besoins des créateurs locaux.

  

Quid donc de ces harmonies tant recherchées par les élus et de leur prédisposition à « cheminer à deux », à l’intérieur des anfractuosités complexes de leurs politiques culturelles ?

  

Il faut croire qu’il y a là comme une erreur de méthode.

  

Cette méprise se discerne singulièrement dans cette farouche volonté de l’élu à vouloir, à tout prix, édifier « sa » politique culturelle sans agréger, en amont, l’appréciation du créateur.


D’où la question : une (bonne) politique culturelle doit-elle être établie avec ou pour l’opérateur artistique local ?

  

Peut-on également concevoir des réalisations culturelles et artistiques sans que, nécessairement, apparaisse la mention (ou label) : «politique locale» ?

  

L’artiste considère-t-il les « doctrines » politiques en matière de développement du territoire lorsqu’il engage son propre processus de création ?


Comment, en définitive, permettre à l’artiste de disposer de conditions, de lieux et d’outils propices à l’épanouissement de ses propres projets, de ses appétences et de ses attraits en matière de création artistique ?


Aujourd’hui, nous manquons principalement de lieux et non de «discours»  pour que les voies des expressions artistiques - toutes les expressions artistiques  - puissent se révéler et essaimer durablement.


Comment, en somme, prescrire l’autonomie, l’indépendance et la liberté culturelle si les seules conditions préalables à  l’émergence du projet, sont soumises aux «oukases»  des politiques locales ?

  

Il serait temps, enfin, d’accomplir des modèles en matière de politique culturelle et artistique pour  les créateurs, et non avec eux.


En somme, un renoncement à toute visée «politique» lors des arbitrages rendus en la matière.

  

Mais en France, cela est-il seulement imaginable ?


Partout dans nos territoires, on évoque la « planification conjointe », ou encore la « co-conception » entre l’artiste et l’autorité politique locale.

  

Cette  extravagance, bien hexagonale, assujettit l’extraordinaire force créatrice et innovante qui porte un grand nombre de projets artistiques locaux.


Cela produit des lenteurs qui contraignent la vigueur de la création, trop fréquemment confrontée à l’endémique léthargie administrative et, trop souvent, à une mécanique de la décision politique locale rarement inventive.


Une bien dérisoire tentative, en somme, d’allier l’oiseuse « raison » institutionnelle avec la sidérante vitesse créative de l’artiste.


Le mariage de la carpe et du lapin…


Universellement, le politique persiste à prôner la prééminence des auteurs et des créateurs locaux en matière d’art et de culture or, dans nos territoires, c’est l’orthodoxie institutionnelle qui prévaut.


On incite, à grand renforts de dispositifs complexes, l’émergence des synergies créatives alors, qu’un peu partout, l’autonomie des créateurs régresse.


Le risque encouru, à baliser ainsi les voies de la création artistique contemporaine, est d’éloigner l’œuvre et l’artiste de ses principales finalités.


Il faut lui permettre d’exprimer librement, pleinement, naturellement et ouvertement ses propres buts ou projets personnels.


Des modifications s’imposent, aujourd’hui, dans les stratégies de mise en œuvre des politiques culturelles de demain.

  

Des ajustements qui paraissent minimes, dans la théorie, mais immenses  dans nos esprit de gestionnaires.


Une simple question d’adaptation pour mieux  prendre en compte les dimensions primordiales d’autonomie, de liberté et d’indépendance du créateur.


Un réalignement de la « chose politique », sachant - autrement - ouvrir des «fenêtres» de liberté encore plus authentiques  et singulièrement plus durables.


Des espaces de créativité où la priorité des moyens octroyés serait déployée à mieux soutenir généreusement et sans aucune contrepartie, l’expression et l’œuvre des créateurs.


A leur meilleure visibilité aussi.


 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:44

Associations-et-territoires.jpgQuel est réellement, aujourd’hui, le rôle des associations culturelles dans l’animation locale ? Comment exercent-elles des missions d’intérêt général ? Comment encore les nouvelles exigences de la législation ont-elles modifié leur rapport aux collectivités territoriales ?

Ces questions méritent des éclaircissements pour mieux apprécier, assurément, les effets complexes induits par l’étrange proximité du monde associatif avec les institutions publiques.

La relation contractuelle qui conditionne, par exemple, l’attribution des financements publics à une gestion rationalisée, entraine de nombreux changements pour les associations. Il en résulte une complexification de leur activité, une dépendance face aux subventions ainsi qu’une nécessité de professionnalisation des processus  administratifs pour mieux résister aux poids des contrôles institutionnels et aux pressions concurrentielles locales.

Si l’on peut aisément comprendre l’intérêt de la professionnalisation du monde associatif - notamment dans la valorisation du rôle économique de l’action associative au niveau local - on peut également s’interroger sur les obligations prescrites  d’œuvrer à l’instar des entreprises privées, sans pour autant bénéficier souvent, en interne, des capacités requises.

Le travail associatif dans le monde culturel en est un très bon exemple. Les collectivités, au motif d’inciter la démocratie locale, peuvent induire sur leurs activités, le piège de … l’instrumentalisation et favoriser, justement, la disparition de valeurs associatives.

L’ambigüité, dans la forme même du salariat associatif, est un autre sujet d’interrogations…

Comment en effet valoriser l’utilité sociale du travail « désintéressé » des associations en appliquant les registres inhérents à l’entreprise ?

La performance, le rendement, la rémunération des travailleurs risquent d’escamoter leur intérêt social et culturel. Une raison d’être qui, en principe, doit s’exonérer de tout attrait d’exploit économique.

Ces dernières années, le monde associatif a été secoué, déconsidéré, par des scandales dus à des entorses à l'éthique commises par un certain nombre de structures. Des nombreuses malversations ont été constatées. Des sanctions   prises et des condamnations prononcées.

Certains dirigeants, brassant évidemment un peu trop d’argent,  ont sombré dans d'obscures histoires d’escroquerie, arnaques et autres mystifications financières.

Est-ce seulement envisageable que toute organisation remuant des actifs s’élevant à plusieurs millions d’euros, puisse encore relever du très sommaire - et très bénévole - statut associatif ?

Placées diamétralement à l’opposé de ces mastodontes financiers, les plus petites structures, très pléthoriques en France et ne dépassant la dizaine de salariés, connaissent parfois les dangers provenant surtout de la persistance de  «  lacunes » dans les domaines de la gestion en ressources humaines, de la gérance administrative, la veille juridique, ou encore, dans la conduite du développement de toute compétence intrinsèque au monde associatif.

Des carences qui peuvent peser défavorablement dans  la mise en oeuvre de l’apprentissage et de la création innovante. Des compétences indispensables à la réalisation qualitative des objectifs de chaque organisation.

Bon nombre de ces petites associations, plus axées sur les conséquences artistiques et culturelles  de leurs missions, souffrent ainsi d’une maîtrise insuffisante de la gouvernance de leur « entreprise ».

Plus préoccupant encore. Un grand nombre d’associations ne paraissent pas vraiment s’interroger sur le sens de leur action en lien aux spécificités d’un territoire. De distinguer en somme le réel intérêt de mettre en perspective les initiatives de l’association et les actions de ses salariés et/ou adhérents, avec les transformations que subissent les territoires.

Cette faible capacité d’anticipation peut, inexorablement, mettre en péril la pérennité d'un bon nombre de petites structures,  inaptes aujourd’hui à se projeter dans les transformations de la société.

A se professionnaliser aussi,  pour mieux faire face aux changements qui nous attendent.


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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 17:52

offre-culturelle-personnes-agees-2.jpgEn 1945 l’espérance de vie était d’environ 60 ans. La protection sociale était faible et la plupart des personnes âgées était pauvre.

En 2010 l’espérance de vie dépasse les 80 ans. La protection sociale est assez développée et le niveau de vie moyen des nos aînés est assez proche de celui de l’ensemble de la population.

En 2050, théoriquement, l’espérance de vie devrait atteindre les 85 ans …

Quel sera alors le niveau de vie moyen des personnes âgées et le degré de protection sociale dont elles bénéficieront ?

Il est communément acquis aujourd’hui que l’augmentation de la longévité est due davantage à l’évolution du niveau et des conditions de vie qu’à celle des soins médicaux pris au sens strict.

C’est pourquoi aujourd’hui, une politique qualitative relative à la santé doit nécessairement impliquer des préoccupations relatives aux conditions de vie et à l’environnement social et culturel, tout autant qu’aux conséquences possibles des maladies.

Pour favoriser l’émergence du « bien vieillir », il ne suffit plus de se cantonner aux seules améliorations à apporter dans les domaines du logement, transport, argent, etc.

La vie familiale, sociale et culturelle impactent autant directement la santé - bonne ou mauvaise - que les autres facteurs économiques et environnementaux qui interagissent aujourd’hui dans nos sociétés.

Promouvoir le progrès de la société dans laquelle nous existerons et vieillirons demain passe ainsi par le soutien, solidaire et généreux, que l’on doit apporter aux personnes les plus fragiles. Lesquelles paraissent encore aujourd’hui, non seulement éloignées des prestations médicales pourtant indispensables, mais également écartées de toute offre prenant en compte l’humain, ses relations sociales et son environnement culturel.

Il subsiste encore de nos jours et ce, malgré les données statistiques indiquées plus haut,  une trop grande pauvreté de nos aînés qui se traduit aujourd’hui (tout comme les « vieillards » de l’imminent après guerre) par une singulière situation de « maltraitance » sociale qui les soustrait de participer, faute d’une offre adaptée, à tout dispositif existant de : loisirs culturels, sportifs, activités sociales ou encore artistiques.

Promouvoir la santé des personnes âgées aujourd’hui passe aussi par cet effort que nos sociétés doivent accomplir afin de faire évoluer les politiques sociales et culturelles dans l’Hexagone. Entre autre grâce à une offre adaptée à cette catégorie générationnelle qui prendrait davantage en compte - avec une  meilleure définition - les enjeux sociétaux que représentent les personnes âgées aujourd’hui.

Rares sont ceux, dans la territoriale, qui savent déterminer les critères permettant d’appréhender la réalité et la diversité des modes de vie ou les trajectoires sociales de ceux que la société désigne tantôt encore comme : âgés, vieillards ou seniors.

Plus rares encore sont les travaux qui indiquent les chemins à emprunter afin que l’offre culturelle puisse intégrer le parcours du « bien vieillir » d’une population de plus en plus vieillissante.

Les politiques sociales et culturelles mises en œuvre par les communes semblent aujourd’hui dépassées par ce phénomène.

Elles ne paraissent pas concilier l’adaptation du territoire au milieu et aux conditions d’existence physique et psychique des personnes âgées.

Avec l’âge et la modification de l’activité, les relations sociales se réduisent.

Cette érosion affecte aussi bien la quantité d’activités et la qualité affective que la personne âgée entretient avec son environnement social et culturel.

Or nos offres culturelles ne semblent pas se soucier de ces évolutions biologiques et psychologiques des usagers âgés.

Une vicissitude des aspects fonctionnels de l’autonomie de la personne dont la plupart des prestations proposées localement ne paraît pas tenir compte.

En somme ces catégories de la population, en raison de leur âge, leur isolement, leur dépendance ou encore leur maladie, en ont grand besoin et échappent à l’offre culturelle. Elle est pourtant, selon bien des égards, synonyme de prévention et de qualité de vie.

Force est de constater que, faute d’une meilleure compréhension de ces complexités liées à l’avancée en âge des usagers, nos politiques culturelles ne savent pas offrir un modèle satisfaisant de continuité du service public.

L’offre culturelle participe pourtant à la notion de « bien vieillir ».

Un concept qui s’oppose à celui de « mal » vieillir et dont la source se trouve dans tous les facteurs d’exclusion, de perte de l’autonomie, bref : de vieillissement … social, dont la personne âgée fait aujourd’hui encore l’objet.

Il semble donc urgent d’initier des dispositifs innovants favorisant l’accès à une offre globale de loisirs culturels, sportifs,  d’activités sociales, économiques et, bien sur,  de santé  intégrant avantages et tarifs préférentiels.

Développer localement,  par exemple,  des partenariats élargis participant à la prise en compte et aussi en charge des changements inhérents à chaque étape biologique, psychique, sociale ou encore économique que le sujet âgé franchit, dont les besoins en matière de prestations socio-économiques culturelles s’échelonneraient entre les nécessités de soins, gestion de patrimoine, prévention des risques, diététique, arts, loisirs, culture, etc.

En d’autres termes, les besoins potentiels et  indispensables de la personne âgée ne devraient plus se trouver subdivisés ou éparpillés dans une foultitude de services répartiteurs de prestations trop fréquemment compartimentée.

Il faudrait au contraire envisager de tout centraliser dans un guichet unique sachant répondre, par l’évaluation appropriée, aux besoins distincts de chaque usager âgé.

Dans notre société les mauvaises décisions sont toujours porteuses de mal-être.

L’exclusion à la vie culturelle et sociale  de nos aînés, tout comme la privation de l’accès aux soins,  est aussi un dramatique facteur de maltraitance.

Or le vieillissement pourtant est un temps universel de la vie.

Il n’est pas impossible que nous puissions désormais harmoniser nos métiers grâce à des formations spécifiques pour ne pas  contribuer, par un manque évident de savoir-faire,  à l’augmentation de la marginalisation de la personne âgée dans notre société.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 10:40

chaine-brisee.jpgLes analystes nous ne l’ont que trop bien expliqué au cours de ces deux dernières années et à longueur de pages dans les quotidiens nationaux : crise économique et récession se sont solidement ancrées dans le pays.

Pis encore, la crise des finances publiques a pour sa part, des racines encore plus profondément ancrées dans le paysage institutionnel.

Frappant principalement l’Etat,  cette crise conditionne drastiquement l’évolution des politiques : taxe professionnelle, décentralisation de charges sans transfert équivalent des ressources, etc ...

Elle s’étend désormais aux collectivités territoriales.

Les Départements écrasés sous le poids de leurs compétences sociales, une situation par certains aggravée, par des boursicotages financiers contestables et irresponsables qui jamais n’auraient du être envisagés.

Les Régions qui sont sans marges de manœuvre tandis que les Communes se retrouvent aujourd'hui en première ligne face aux destructions massives d’emplois et défavorablement impactées par la suppression de la taxe professionnelle.

Fortement tributaire de la manne publique mais aussi dépendant des lois du marché, le secteur de la culture est doublement affecté par cette crise économique et financière.

Un peu partout l’on assiste, en cette rentrée traditionnellement promise aux annonces des nouvelles saisons culturelles, à des manifestations reportées ou encore annulées ; à une législation qui s’endurcit ; à des postes laissés vacants ; à des formations abandonnées faute de crédits nécessaires ; ou encore à des investissements, pourtant symboliquement inscrits dans les professions de foi des candidats aux municipales de 2008, différés ….

Il semble assez clair que les conséquences de cette conjoncture difficile affectent aujourd’hui de façon assez concrète l’économie de la culture locale.

La plupart des indicateurs qui, habituellement, expriment la vitalité d’un territoire en matière d’animation culturelle et éducative, sont sur point de passer de l’orange au rouge.

La vigilance et la prudence sont, partout, de rigueur et nombreux sont ceux qui appréhendent que, derrière ces arguments économiques, il puisse y avoir le prétexte « idéologique » prônant la reprise en main de la culture par l’élu municipal.

Oui. Et alors ?

Est-il vraiment si choquant qu’un élu sache recommander à ses agents une plus rigoureuse gestion en matière d’animation culturelle,  ou encore une généralisation de la culture de l’évaluation   doublée  d’une réelle prédisposition à rendre des comptes ?

 

Souvenons-nous de ces belles périodes d’abondance qui constituaient, entre autre, les  conséquences innovantes du maillage intercommunal, départemental et régional du territoire au cours de la dernière décennie.

Une période particulièrement significative en matière de dépenses, aussi bien en fonctionnement qu’en investissement et impactant favorablement les grands équilibres dans la répartition des dépenses du rayonnement culturel des territoires.

Entre 2002 et 2006 nous avons tous connu une euphorique période d’abondance. Las. Aujourd’hui cette période semble, pour combien de temps encore, révolue.

Que faire donc ? Trois postures semblent aujourd’hui envisageables : celle anxieuse et tourmentée qui consisterait à voir partout une menace et soupçonner les élus de vouloir à tout prix vouloir régler leurs comptes aux « cultureux », ou encore celle prescrivant l’agencement de l’action culturelle locale sans pensée structurée, juste pour donner l’impression de faire, d’une manière démagogique : populaire …

Ou bien, un comportement autrement plus responsable qui placerait l’agent au cœur de sa véritable et fondamentale mission de service public.

Un rôle en somme qui, à coté de l’élu,  consisterait principalement à mieux réussir le projet culturel quitte à le repenser entièrement.

De s'engager à  réussir nos engagements en matière de démocratisation culturelle, à rechercher de nouvelles et plus innovantes sources de financements, à mieux appréhender les nouveaux comportements des publics et à inciter la production et le développement concret du projet artistique et culturel d’un territoire.

D'être convaincus qu’à coté de tout gestionnaire accompli, devra émerger un animateur émancipé capable de penser, sélectionner, comparer et interpréter le territoire. 

Quelqu’un d’exercé, non seulement à agir, mais également en capacité de fédérer et de communiquer aux autres une plus personnelle mobilité et richesse de l’esprit.

Un agent sachant exprimer clairement un désir de transparence issu de sa volonté authentique et sincère.

De savoir engager sa propre sensibilité qui distinguerait efficacement et avec générosité les différences, les nuances et les similitudes qui interagissent paradoxalement entre la culture - comprise comme un espace de rassemblement - et l’art qui cultive les différences et les singularités, voire les oppositions.

Créer sans cesse des passerelles entre ces deux univers : voilà notre plus intime mission de service public.

Un devoir aussi, qui nécessite à la fois de la cohérence, de la clarté et, aussi, de l'effort. 

Des atouts qui se vérifient être, au fond,  notre plus surprenante pharmacopée contre la crise et la morosité ambiante.

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 12:57

Barbeles 2Certes, à l’intérieur de notre l’hexagone et au sein de l’espace communautaire Européen, il semble encore tout à fait possible d’accepter l’échange des idées autour des libertés culturelles. Or, un tel débat, en principe consensuel à l’intérieur de nos frontières,  a une prédisposition à se crisper lorsque ces visées s’étendent aux cultures et aux artistes extra communautaires car la politique des visas paraît aujourd’hui, bien plus que dans le passé, de plus en plus restrictive.

 

Toutes celles et tous ceux ayant hasardé la conception et la mise en œuvre d’une manifestation de type : festival, congrès, assises, colloque, etc, avec des intervenants extérieurs à la zone Europe, peuvent l'attester.

 

L’octroi bien parcimonieux des visas,  semble être utilisé pour que  les gouvernements puissent garantir, à leurs ressortissants nationaux, d'être bien à « l’abri » des étrangers.

 

Ces principes, liés à certaines politiques des visas, présentent des risques d'édicter des lois non seulement  très restrictives, mais également xénophobes, en matière d’immigration.

 

Des tensions qui peuvent incrémenter aussi la réapparition d’une certaine logique nationaliste.

 

Pour les acteurs du milieu culturel, qui scrutent et ambitionnent le monde comme un lieu d’échange permanent, un tel protectionnisme apparaît toujours comme insensé, pour ne pas dire : irresponsable.

 

D’ailleurs les « appels » lancés, d’ici ou là, en faveur de la liberté de mouvement des acteurs culturels, ont été, de tout temps, nombreux.

 

Or, ils sont pléthore en ces temps-ci. C'est dire ...

 

Nous avons traversé des époques plus ou moins inclines à « l’ouverture ou à la fermeture ».

 

Force est de constater que la prédisposition de la société d’aujourd’hui est bien résolument à la fermeture non seulement de nos frontières, mais aussi des idées.

 

Là où les mesures en matière d’immigration apparaissent les plus contraignantes, la liberté d’expression régresse et l’accès à la culture fléchit.  

 

Le besoin pour un bon nombre d’acteurs culturels de se sentir solidaires face aux risques de voir apparaître encore plus d’inégalités et d'exclusions à l’accès au savoir et à l’universalité du patrimoine artistique et culturel, témoigne d’une vigoureuse volonté de s’ériger contre toute tentative de cadenasser et d’isoler la société à l’intérieur de ses distinctes, quoique restreintes,  frontières géographiques.

 

S'insurger à l'encontre de tout dessein de contraction du rayonnement culturel, de la création et de l’échange, signifie rayer toute insidieuse  propagation de la « peur de l’autre ».

 

La particularité du travail du créateur est d’engendrer « l’objet artistique » et non pas de questionner autrui au sujet de ses origines : « d’où viens-tu » ?

 

Les crises sociétales que nous vivons aujourd’hui, avec leurs kyrielles de récessions qu’elles comportent : financière, économique, sociale, éducative et culturelle, semblent encor plus accélérer l’érosion des représentations que nous avons de la  citoyenneté.


De l'image aussi que nous avons de l’ouverture à autrui et qui aide à rénover notre manière de vivre ensemble.

 

Chaque crise aggrave et fragilise aussi un peu plus le chétif avancement des concepts novateurs pouvant modéliser la société dans laquelle nous vivons.

 

Les idées, les valeurs, les cultures, les aspirations, les utopies, comme les représentations du monde dans lequel nous existerons demain, semblent malencontreusement ne plus irriguer, ni encore moins féconder, l'émergence  d'idéologies visionnaires de nos politiques d’aujourd’hui.

 

Les besoins que l’on exprime un peu partout dans la planète en matière de culture, de progrès, de partage et de liens sociaux durables entre les peuples, restent ignorés par bon nombre de nos décideurs politiques.

 

Or, l’art et la culture, par ce qu'elles expriment universellement,  peuvent nous indiquer quels cheminements emprunter pour, ensemble, réussir.

 

Le concept de « patrimoine culturel » n’est pas un sujet « personnel », ni encore moins : national.

 

C’est une richesse universelle et, en tant que telle, ne peut connaître des frontières.

 

C’est aussi un sujet qui importune et qui,  politiquement,  semble bien délicat à gérer.

 

L’évitement des débats correspondants à la société que nous ambitionnons pour demain, incite à un lent repli sur soi.

A l’indifférence. A l’assoupissement aussi de notre éthique.

 

Comment dans ce contexte morose parvenir encore à lutter activement et efficacement contre toutes les intolérances actives ou passives qui font, si singulièrement et si durablement, le lit du racisme, de l’exclusion et de la xénophobie ?

 

Comment réactiver le plus universellement possible le dialogue interculturel afin d’endiguer toute forme - ou tentation - de protectionnisme qui lorgne parmi un bon nombre - d’hasardeuses - « politiques culturelles »  d'aujourd'hui ?  

 

Pour quelle raison actuellement la défiance entre les instances politiques et les acteurs culturels semble progressivement et inéluctablement se renforcer ?

 

Et l’usager et le public dans tout ça ?

 

Ouvrir les frontières à l’échange, à la confrontation et à l’expérience avec autrui, implique bien plus qu'une simple définition d'imprécises correspondances nationales.

 

Cela devrait plutôt comporter une meilleure capacité de partager universellement des audaces atrement plus congrues à rassembler. 


Etre capables encore à nous enthousiasmer, à nous rendre plus compétents, plus visionnaires. 


Résolument motivés pour les changements avec sincérité.

 

Mieux défendre aussi, en tant qu’acteurs culturels, une cause qui ne semble pas encore clairement bien définie, contrairement à celle des groupes de défense de l’environnement ou des droits de l’homme.

 

Bref, nous inciter à renouer nouvellement avec une authentique forme de militantisme permettant de mieux caractériser le fond - et non seulement la forme - de nos actions et de nos idées en matière d’art et de culture.

Émettre et accueillir, au-delà de toute frontière, avec beaucoup d'altruisme et une ambition infinie, un incontestable et plein désir de transmutation des sociétés.

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 12:08

changement.jpgLes pouvoirs publics souhaitent que la réforme sur les territoires aboutisse  à une transformation profonde de la « culture » de la Territoriale.

Pour ce faire il serait également utile qu'ils puissent  associer, aux débats en cours, les agents ainsi que les usagers concernés prioritairement par ces réformes.

Comment en effet imaginer que ces importants mouvements de déconcentration qui nous attendent puissent aboutir si on y exclut les principaux intéressés ?

De même :  pour réussir cette transformation majeure, quels dispositifs d’accompagnement seront-ils mis en œuvre ?

Comment s’appuyer sur le travail et l’expérience des professionnels du service public territorial ?

Quelle écoute ?

Quel partage ?

Quel feed-back depuis « le terrain » ?

Toute réforme réussie est, en définitive,  un changement qui se prépare et qui sait avancer en s’appuyant sur le travail des professionnels concernés.

Ce travail de concertation devrait avant tout bénéficier de visées permettant d'abord la bonne compréhension des acteurs, puis leur acceptation et enfin,  leur engagement.

Formations, échanges de pratiques, accompagnements des collectivités ou des services, en difficulté doivent être organisés afin de ne pas interrompre, dans l’échec, les mutations ambitionnées.

Evidemment, au sein des collectivités, tout autant que les élus, les directeurs des services jouent une carte décisive dans la conduite de ce changement profond.

A chaque directeur il reviendra  de faciliter  la compréhension de ces mutations imminentes au sein des équipes, à leur apprentissage des nouveaux outils de pilotage qu’il faudra, avec chaque agent : créer, inventer, appliquer, évaluer …

Pas impossible donc que l’organisation de la direction  puisse aussi être revue en profondeur car les directions fonctionnelles ne seront plus identiques au passé et leur organisation se devra, en conséquence, d'être repensée.

Plus simple à dire qu’à faire, lorsque le « poids » de l’histoire plaide pour l’immobilisme …

Passer d’une organisation centralisée à une organisation décentralisée où les responsables devront savoir exercer leurs prérogatives , tant dans le domaine de l’organisation des services pour les usagers que dans l’amélioration de la qualité et de l’efficience de leurs décisions, nécessitera un schéma d’implantation dans chaque territoire à la fois déterminé et efficient afin que l’essor de chaque reforme soit progressif et que le contrôle de chaque action menée : efficace.

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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 22:18

metropoles.jpgLes grandes orientations de la réforme des collectivités locales qui nous attendent paraissent,en substance, être au nombre de quatre :

  • L'intégration des ultimes communes n'ayant pas rejoint d'intercommunalité maximum en fin 2011.
  • La création de nouvelles Commissions départementales de coopération intercommunale (CDCI) chargées de mener des efforts de rationalisation.
  • Les règles de cumul des mandats ne s’appliqueront pas aux présidents des intercommunalités. 

Et en quatrième instance :  

  • Le statut des métropoles qui sera ouvert sur la base du volontariat aux communautés  de plus de 500.000 habitants.

Cette reforme semble préfigurer le grand débat de la rentrée politique. 
Cette mutation concernant les collectivités locales semble être désormais sur les rails.

Voici les grandes lignes de l'avant projet de loi où l'on peut découvrir les premiers éléments de cette  « simplification du mille-feuille territorial », selon le mot du président Nicolas Sarkozy.

Au programme : la création d'une nouvelle collectivité, "la métropole", et la diminution du rôle des conseils généraux.

Conformément aux recommandations de la commission  présidée par l’ex premier ministre : Edouard Balladur, l'avant-projet de loi préconise la création d'un nouveau statut de conseiller territorial.

Elus pour six ans, ces représentants devraient siéger "à la fois au conseil général de leur département d'élection et conseil régional de leur département", explique le texte.
Principale innovation : la création d'un nouvel échelon territorial, "la métropole", destiné à remplacer le département.
Les agglomérations de plus de 500 000 habitants comme Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse, deviendraient ainsi des métropoles bénéficiant de pouvoirs élargis relevant jusqu'à présent des départements.
Une partie des fonctionnaires départementaux dépendraient de la métropole.

Cette dernière pourrait également remplacer la communauté urbaine et exercer des compétences d'une commune ou se substituer à la région si les collectivités concernées le souhaitent.

Les grands perdants de cette reforme semblent être  les conseils généraux.
Ils ne seraient consultés que "pour avis" sur la création des métropoles, explique le texte.
Seuls les élus municipaux, ou " le représentant de l'Etat dans le département ", pourraient engager la procédure de passage au statut de métropole.
Là où des métropoles seraient créées, le conseil général s'effacerait, la métropole ayant vocation à exercer "tout ou partie" des compétences du conseil général sur son territoire.

 

Et si tout simplement on s'orientait vers une ... recentralisation ?
Oh ! Temps : suspend ton vol....

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 13:33

union-europeenne-3.jpgUnique échéance électorale pour 2009, du 4 au 7 juin prochain (samedi 7 et dimanche 7 juin pour la France), plus de 500 millions d'électeurs des 27 pays de l'UE, seront appelés aux urnes pour renouveler le Parlement Européen ...

Mais encore ?

Vues d’ici ces élections européennes semblent nous parvenir  à un moment clé de notre histoire.

Comment ne pas profiter de cette occasion pour revenir brièvement, si possible,  sur les transformations radicales subies par notre pays depuis approximativement 50 ans, au moment même où une « culture » européenne ambitionnerait de germer dans  nos sociétés.

Que subsiste-t-il de cette ancienne  utopie,  ou vieux rêve  européen de plus de 50 ans ?

Qu’elle place aussi pour la culture, pour l’éducation et  pour la problématique sociale en Europe ?

Les clivages politiques relatifs à ces projets sociétaux  novateurs dans notre pays, se sont pourtant bien modifiés avec le temps.

Certes, pour la culture, il est prudent de rappeler qu’un ministère de tutelle existe désormais.

Celui-ci fête, ces jours-ci, son jubilé

Une chance lorsqu’on observe que bien de nos voisins Européens, sont encore dépourvus d’une quelconque autorité de tutelle émanant de leur état.

Certes, mais encore ?

Les politiques ont du faire face, depuis tout ce temps, à l’impact de la transmutation individualiste initiée aux débuts des années 70. Cela a eu comme effets de voir triompher le libéralisme avec, notamment, la fin du communisme à la fin des années 80.

Les axes de réflexion politiques d’antan et prônant généreusement une culture - et une éducation - accessible et équivalente pour  tous -, ont changé.

Vint ensuite le choc de la mondialisation et des nouvelles technologies…

La diversification,  la recherche,  l’enseignement des disciplines artistiques et culturelles subirent alors un arrêt violent.
De Jaurès à Malraux, en passant par Jean Vilar à Antoine Vitez, l'enseignement et la culture populaire ne font, alors, plus débat.

Une télé « Berlusconienne » fit alors son apparition en France, comme un peu partout en Europe.

L’archétype culturel  de masse étant né.
La mondialisation sur les biens culturels avançait à grands pas

Les accords intentés au milieu des années 80 sur le « General Agreement on Tariffs and Trade – GATT), tentèrent d’enfoncer le clou en proclamant la libéralisation, donc la fin,  en Europe de l’exception culturelle.

Las. L’Union Européenne ne trouvait cette initiative pas si mal. Toute création artistique, tout bien ou produit culturel serait dorénavant examiné et commercialisé comme une quelconque et triviale boîte de petits pois.

En France, seulement une poignée d’intellectuels, des artistes et quelque – rare – intelligence politique éclairée, trouvèrent alors le courage de dire : non.

De protester, de refuser.

D’exclure cette indignité mercatique.

Nous en sommes là aujourd’hui….

De nos jours, quel retour sur image pouvons nous effectuer pour mieux nous appeler à dépasser un modèle obsolète que cette société aujourd’hui en pleine crise,  nous tend de l’identité citoyenne et de son reflet si dégradé, si abaissé, si flasque et si vidé de tout son sens ?

Ce modèle si lentement et si imparfaitement construit depuis tout ce temps, semble maintenant traversé par tant de contradictions, par tant  d'antagonismes aussi.

Ainsi avec quels valeurs, quelle éthique, quels contenus culturels  pouvons nous reconstruire aujourd’hui notre avenir autour d’une nouvelle identité commune et de nouveaux valeurs enfin partagés ?

Comment vivre ensemble sans avoir résolu le brûlant problème des discriminations et de l’intégration, dont le refoulement engendre un sentiment de décomposition de l’identité nationale ?

Les visions des cultures qui subsistent au sein même de notre communauté nationale et européenne,  peuvent-elles nous apporter des réponses à ces urgentes problématiques qui existent  dans notre société ?

Nous avons assisté impuissants, depuis cinquante ans,  à  des messages politiques brouillés des majorités successives.

Cela  nous a conduits à des errements.

Cela a contribué peut-être aussi,  à nous conduire, en France, à des impasses et aux émeutes de 2005 et de 2007.

Ailleurs en Europe, le diagnostic  n’est guère plus brillant.

Quant à la mondialisation,  j’estime qu’elle a su pour beaucoup générer les crises que  notre époque traverse aujourd’hui.
La où les Etats délaissent la  culture, les dégâts sociaux font rage.

Simplement il m’arrive de croire que notre pays n’a d’avenir que si tous ensemble, dans une Europe que nous ambitionnons vraiment, nous posséderons  définitivement et  authentiquement, les mêmes droits et les mêmes accès à l’éducation et à la culture pour tous.

D’où l’importance de mobiliser l'ensemble de la société autour ces enjeux majeurs.

Cela  permettrait,  enfin, de dissiper une fois pour toutes, toute ambigüité et toute confusion nationale sur l'égalité des chances.

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 09:58

lministere_culture.jpgCa y est, les 50 ans de la création du ministère de la Culture, se fêtent ces jours-ci.

Ces commémorations ne passeront pas inaperçus.

Tout au long de l’année, cet anniversaire sera, selon le Ministère, célébré dans plus de 400 lieux différents : musées, monuments, théâtres …et dans au moins cinq institutions emblématiques de la culture en France tous reconnaissables au logo « Culture » qui leur sera associé : Chaillot, B.M. et alii …

Souvenons nous : créé pour et par l’écrivain André Malraux, le « ministère des Affaires culturelles » des origines a permis au général de Gaulle, qui y était favorable, de promouvoir le rayonnement de la France à l’étranger.

Aujourd'hui, un demi siècle plus tard, pouvons nous vraiment conjecturer la poursuite durable de ce projet ambietieux d'alors ?

Certes, la culture dispose dans notre pays d’une place à part, alors qu’elle incombe souvent au secteur privé dans bien d’autres pays en Europe ou ailleurs.

Rarement un Etat sera autant intervenu dans ce domaine pour maintenir « l’exception culturelle ».

En début de cette semaine, nous avons pu assister à l’installation, par le Président de la République, du tout nouveau Conseil pour la création artistique, animé par le producteur de cinéma Marin Karmitz (MK2) et que le chef de l’Etat … présidera lui-même (sic).

Voici un simple extrait de son allocution pour l’installation de ce « nouveau machin » comme aurait si bien pu dire jadis, le Général : « …Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu’il dit (…).

C’est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses »….

Etonnant Nicolas Sarkozy que sa double casquette de chef de l’Etat et de Super Dac semble si bien inspirer.

Et Madame la ministre dans tout ça ? 
"In cauda venenum" ...

Comme des millions de téléspectateurs  j’ai assisté hier soir à l’intervention  télévisée du Président de la République venu s'expliquer sur ses mesures proposées pour sortir le pays de la crise.

Il faudrait plutôt dire des crises : financière, économique, sociale, climatique, énergétique, éducative, (écoles, lycées, université),   …

J’ai bien tendu les oreilles.
Sur la culture : motus.

Certes quelque bâtiment patrimonial bénéficiera, soyons sincères,  qui de la réfection (d’une partie) de son toit, qui d’un ravalement de sa façade.
C’est ce que prévoit le volet « investissements ».

Les collectivités territoriales devront ainsi poursuivre, seules, leurs efforts stoïques et élevés pour l’accès et le développement culturel dans le territoire.

La probable suppression, à terme, de la taxe professionnelle pour les entreprises, qui largement contribue à abonder les recettes de chaque collectivité, participera probablement à une rapide érosion de l’effort financier des communes en direction de la culture.

Notre pays a connu peut-être des commémorations autrement moins alarmantes.

Il y a 50 ans l’avènement du Ministère de Malraux s’adossait à une capacité éclairée de l’Etat à impulser alors un changement de la politique pour mieux apprendre à mieux soutenir le processus et le rayonnement de la création et de la diffusion culturelle en France et dans monde.

C’était il y a 50 ans.
De Gaulle venait à peine de sortir le pays d’un conflit planétaire et nommait un immense intellectuel à la tête d’un authentique et ambitieux projet politique pour le développement de la culture.

Aujourd’hui le pays entre dans une crise mondiale et Nicolas Sarkozy s’apprête à commémorer le jubilé du Ministère de Madame Christine Albanel…. Ainsi va l’histoire.

 

www.culture.gouv.fr

 

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 10:40

Politiques--de-la-Culture.jpgAprès le tumulte que l'on vient de laisser derrière nous lors les récentes élections locales, l'action publique dans le domaine de la culture s'efforce bien sur, tant bien que mal, de poursuivre, au niveau local, ses objectifs spécifiques proprement fonctionnels en direction des artistes, des publics et du patrimoine. Ses réalisations comportent une dimension que, à défaut d'être palpable ou concrète, n'en reste pas moins essentielle dans une société qui se veut à la fois démocratique et humaniste.

L'action culturelle ainsi participe activement à la construction de la citoyenneté.

Elle permet à tout individu d’accéder aux œuvres de l’esprit et de les comprendre.

Elle permet à tout individu de pratiquer une discipline artistique, d’aider chacun à acquérir, au-delà de son épanouissement personnel, une ouverture d’esprit, un accès à l’autre et au monde, une rigueur personnelle lorsqu’il s’agit de pratiquer un art.

Autant d’éléments qui, dans le prolongement de l’action spécifique de l'éducation et qui contribuent à construire des citoyens libres et éclairés.

Les villes, après avoir vécu - non sans peine, les affres de la décentralisation, se sont imposées aujourd'hui comme le second pilier du service public de la culture.

Elles ont accompli depuis 25 ans un effort considérable en matière d’équipements publics culturels et se sont fortement engagées notamment dans le soutien aux bibliothèques, aux centres dramatiques, chorégraphiques et aux scènes nationales.

Cependant il existe, en France, une tradition ancestrale de relations, souvent orageuses, mais toujours étroites, entre l’Etat et les acteurs du monde culturel et artistique. Et aujourd’hui encore, la reconnaissance et le soutien de l’Etat sont perçus comme une consécration.

A l’inverse, les relations entre les élus locaux et les acteurs culturels ont toujours été et restent encore empreintes d’une certaine méfiance, pour ne pas dire d’une certaine défiance.

Pourquoi ne pas dire les choses telles qu’elles sont : les élus locaux sont souvent perçus comme n’ayant pas la hauteur de vue et l’ouverture d’esprit nécessaire qu’attendent les artistes.

Les responsables des institutions culturelles eux-mêmes s’attendent parfois, le plus spontanément qu'il soit, à trouver chez le ministre de la culture, (quel qu’il soit, ou au sein de son administration) cette « hauteur de vue », qu’au contact de leurs propres élus locaux.

Naïveté ? Puérilité ? Superstition ? Discrimination des « clans culturaux » envers les élus locaux ? Va savoir ....

De surcroît, l’expérience de ces dernières décennies (et encore plus de ces derniers mois) montre que les acteurs culturels n’ont pas toujours tort de craindre, au niveau local, les alternances politiques dont ils ont beaucoup plus rarement pâti lorsqu’elles se sont produites au plan national. A quelque rare exception pré.

Les projets culturels locaux ambitionnent aujourd'hui et de manière toujours plus accrue, une politique globale qui concerne, pour la plupart, trois volets fondamentaux de l'action publique culturelle, à savoir : les œuvres, les publics et les pratiques.

1°) Les œuvres : car la collectivité territoriale doit concourir activement à faire vivre le patrimoine culturel, par sa mise en valeur et par un soutien fort à la création et au patrimoine de demain.

2°) Les publics : car le territoire doit œuvrer en faveur d’une offre culturelle et artistique multiple et de qualité et elle doit favoriser, conjointement, le meilleur accès du public à cette offre, notamment par l’action culturelle et la médiation.

3°) Les pratiques (artistiques et culturelles) : car localement l'élu doit promouvoir le développement des pratiques artistiques, aussi bien les pratiques en amateurs, qui contribuent à l’épanouissement personnel et à la citoyenneté, que l’emploi artistique et particulièrement les filières et actions de professionnalisation en faveur des jeunes artistes, parce qu’on touche là aussi aux responsabilités économiques et sociales de tout un territoire.

Le pouvoir politique local est légitime à définir désormais les orientations générales de son intervention en matière culturelle et il lui revient naturellement de définir les moyens qu’il entend y consacrer et de mettre en place les dispositifs idoines qui définissent ses modes d’intervention.

De même, il peut décider de nouer des formes étroites de partenariat contractuel avec telle ou telle institution culturelle dont les activités lui paraissent pleinement en phase avec ses objectifs de politique culturelle.

Les élus en sont-ils seulement conscients de cela (ou tout simplement préparés), lorsqu'ils arrivent aux affaires locales ?

Comment en effet parvenir à éviter, chez de bon nombre d'élus locaux,  tout clivage, sectarisme, clientélisme, amateurisme, ostracisme, dogmatisme lorsqu'il s'agit, par exemple, de répartir à bon escient des subventions destinées à soutenir directement des projets artistiques, des compagnies ou toute autre formation artistique ?

Comment le pouvoir local va permettre que les aides soient allouées sur des critères exclusivement artistiques et techniques ?

Pour éviter tout écueil d'amateurisme, ou pire encore : d'autoritarisme, tout élu local chargé de mettre en œuvre un « schéma culturel » clairement défini et régenté par des moyens précis,  doté d'un agenda d'application et d'évaluation clair, se devrait de s'adosser, par exemple, à des « comités techniques », composés d’experts indépendants du milieu politique et artistique local. Sans oublier, bien sur,  d’y associer ses propres responsables administratifs chargés de la mise en œuvre et de la cohérence globale de l'action culturelle dans le territoire.

Ainsi seuls des « dispositifs intermédiaires », chargés de la médiation entre les élus, les publics et les créateurs, seraient de nature à garantir que des critères fondés exclusivement sur la qualité artistique et technique de chaque projet, président  désormais à la répartition équitable, juste et impartiale des fonds publics locaux afférents à la culture.

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