Blog d'un Directeur des Affaires Culturelles consacré aux problématiques de la mise en oeuvre de l'action culturelle territoriale.
Il faut bien avouer, la langue de bois aujourd’hui s’est bien généralisée.
Elle nous paraît fort loin cette période où, dans ces impénétrables cabinets du tout aussi secret bunker de la place du Colonel Fabien, on pressentait le foisonnement de ce langage à la fois officiel et exclusif, si spécifique aux cadres du « Parti » d’alors.
Un modèle d’expression et de communication solidement arrimé à des concepts toujours plus abscons les uns que les autres et apprêté d’acclamations pour un « socialisme » dénué de tout périmètre identifiable dans ses aspirations en direction d’un « peuple de travailleurs » dont on ne connaissait - déjà - plus sa réelle physionomie…
Aujourd’hui la langue de bois est partout.
Elle s’est propagée dans la plupart de nos classes dirigeantes. Elle est animée par des politiciens de tous bords, industriels, journalistes, fonctionnaires, syndicalistes et tant d’autres représentants de la société civile, sans oublier, of course, la toute récente pathétique, autant qu’ inefficace, tentative de « parler teck » de nos sportifs tricolores, de leurs instances fédérales et de tutelle.
Et la culture dans tout ça ?
Quid de ces grandes figures actuelles qui revendiquent l’héritage des années 60-70 ?
Une épopée de défricheurs - justement - qui exprimaient, au niveau de toute une société, une exigence à la fois créative et populaire, faite de : subjectivité, d’antagonismes, de recomposition des modèles sociaux, éducatifs et culturels qui appelaient à aménager, à l’échelle de toute une société, un vaste projet communautaire et généreux .
Las ! La langue en "essence exotique", semble désormais progresser auprès de nos plus éminents messagers autoproclamés : «hauts émissaires officiels » de la grande famille culturelle et artistique.
Un langage qui trouve sa robustesse dans la liquidation scélérate de ces remarquables « forêts », à la fois rares et vierges, de la libre pensée.
On assiste à l’avènement en catimini d’un galimatias « politiquement correct » qui gangrène le monde de la culture et qui façonne un modèle de pensée unique qui arase les esprits et la critique.
Massivement présente dans le "biotope" de la culture et des arts, dans le monde littéraire, les arts plastiques, le spectacle vivant, la musique, la langue de bois, et la « bien-pensance » qu’elle engendre, nous empêche de raisonner autrement que par la doctrine indiquée.
D’abandonner ainsi définitivement, nos rêves et nos révoltes.
Lisse et parfaitement polie, la langue de bois, nous permet de glisser progressivement vers l’endormissement, la léthargie ou la torpeur.
Son but étant d’élaborer un point de vue « étalon » et de le prescrire dans l’ensemble des voies de la création artistique et culturelle pour qu’il nous paraisse impossible ensuite, ou dérisoire, d’exprimer une opinion non conforme à l’orthodoxie ambiante.
Un langage institutionnel « sylvestre » qui fleure bon le sapin. Apte à installer durablement un dense nuage de brouillard - ou de fumée - mental.
Un « patois » incompréhensible bâti, par nos élites, en pur teck imputrescible prohibant si convenablement l’aventure collective et la créativité.
Qui stérilise et appauvrit, sous une couche lisse et épaisse de vernis aseptisé, toute capacité d’autonomie et l’autodétermination.
La langue de bois institutionnelle est pourtant bien identifiable dans l’ensemble des messages véhiculés par les apparatchiks culturels.
Pour l'identifier il suffit de reconnaître à quel point ces "figures" se sont hâtivement emparées du pouvoir à l’aide de féroces putschs institutionnels, soutenus par le "réseautage" et les clans partisans.
Ou encore de convenir de la manière dont ces "physionomies" envisagent, dans la durée, de conserver leurs prérogatives fabriquées autour de : postes, missions, subventions et autres abondants "moyens" en tout genre ….
Des postures dogmatiques et intrinsèquement jointes à un langage convenu qui s’auto reproduit et qui prospère grâce au découragement des publics et par l’absence de tout contre-pouvoir, ou encore, par la renonciation de certains confrères territoriaux et, il faut bien le dire, par bon nombre d'élus "comprimés" par la pression - ou les lubies - de ces "stars" qu'ils accueillent...
Aujourd'hui la langue de bois pratiquée dans bon nombre d’institutions culturelles s’utilise aussi pour évincer toute critique et toute évaluation des actions conduites localement.
Pour oindre et asservir des stratégies d’influence profitables aux uniques intérêts personnels plus ou moins avouables d'une minorité qui méprise et qui honnit, avec un cynisme inégalé, l'intérêt général.
Au fond, manipuler autrui ça équivaut, tout simplement, l’empêcher de comprendre.