Blog d'un Directeur des Affaires Culturelles consacré aux problématiques de la mise en oeuvre de l'action culturelle territoriale.
Ca y est, les 50 ans de la création du ministère de la Culture, se fêtent ces jours-ci.
Ces commémorations ne passeront pas inaperçus.
Tout au long de l’année, cet anniversaire sera, selon le Ministère, célébré dans plus de 400 lieux différents : musées, monuments, théâtres …et dans au moins cinq institutions emblématiques de la culture en France tous reconnaissables au logo « Culture » qui leur sera associé : Chaillot, B.M. et alii …
Souvenons nous : créé pour et par l’écrivain André Malraux, le « ministère des Affaires culturelles » des origines a permis au général de Gaulle, qui y était favorable, de promouvoir le rayonnement de la France à l’étranger.
Aujourd'hui, un demi siècle plus tard, pouvons nous vraiment conjecturer la poursuite durable de ce projet ambietieux d'alors ?
Certes, la culture dispose dans notre pays d’une place à part, alors qu’elle incombe souvent au secteur privé dans bien d’autres pays en Europe ou ailleurs.
Rarement un Etat sera autant intervenu dans ce domaine pour maintenir « l’exception culturelle ».
En début de cette semaine, nous avons pu assister à l’installation, par le Président de la République, du tout nouveau Conseil pour la création artistique, animé par le producteur de cinéma Marin Karmitz (MK2) et que le chef de l’Etat … présidera lui-même (sic).
Voici un simple extrait de son allocution pour l’installation de ce « nouveau machin » comme aurait si bien pu dire jadis, le Général : « …Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu’il dit (…).
C’est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses »….
Etonnant Nicolas Sarkozy que sa double casquette de chef de l’Etat et de Super Dac semble si bien inspirer.
Et Madame la ministre dans tout ça ?
"In cauda venenum" ...
Comme des millions de téléspectateurs j’ai assisté hier soir à l’intervention télévisée du Président de la République venu s'expliquer sur ses mesures proposées pour sortir le pays de la crise.
Il faudrait plutôt dire des crises : financière, économique, sociale, climatique, énergétique, éducative, (écoles, lycées, université), …
J’ai bien tendu les oreilles.
Sur la culture : motus.
Certes quelque bâtiment patrimonial bénéficiera, soyons sincères, qui de la réfection (d’une partie) de son toit, qui d’un ravalement de sa façade.
C’est ce que prévoit le volet « investissements ».
Les collectivités territoriales devront ainsi poursuivre, seules, leurs efforts stoïques et élevés pour l’accès et le développement culturel dans le territoire.
La probable suppression, à terme, de la taxe professionnelle pour les entreprises, qui largement contribue à abonder les recettes de chaque collectivité, participera probablement à une rapide érosion de l’effort financier des communes en direction de la culture.
Notre pays a connu peut-être des commémorations autrement moins alarmantes.
Il y a 50 ans l’avènement du Ministère de Malraux s’adossait à une capacité éclairée de l’Etat à impulser alors un changement de la politique pour mieux apprendre à mieux soutenir le processus et le rayonnement de la création et de la diffusion culturelle en France et dans monde.
C’était il y a 50 ans.
De Gaulle venait à peine de sortir le pays d’un conflit planétaire et nommait un immense intellectuel à la tête d’un authentique et ambitieux projet politique pour le développement de la culture.
Aujourd’hui le pays entre dans une crise mondiale et Nicolas Sarkozy s’apprête à commémorer le jubilé du Ministère de Madame Christine Albanel…. Ainsi va l’histoire.