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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 09:17

Claude-levi-strauss.jpgQui était-il au juste Claude Lévi-Strauss ?
Toute la difficulté vient de là.

Un philosophe ? Un ethnologue ? Un anthropologue ? Un savant ? Un logicien ? Un détective ? Ou encore un bricoleur, un écrivain, un poète, un esthète, voir un sage ?

Seule réponse possible : Claude Lévi-Strauss était tout ça à la fois.

Davantage même.

Toutes ces identités varient évidemment selon ses œuvres et les périodes dans lesquelles ces ouvrages furent écrits.

Mais il existe toujours une correspondance, une constante unique entre ces registres tout à la fois distincts et le plus souvent incompatibles.

Force est de constater que l’œuvre de Claude Lévi-Strauss ne s’est pas seulement réjouie de déjouer splendidement ces classement habituels.

Elle les a également tous incarnés.

Ses écrits ont inventé et organisé la modernité de tous ces espaces littéraires et ethniques en les traversant et en les combinant sans cesse entre eux.

Le parcours humain de cet homme immense semble avoir parcouru le même périple complexe et curieux à la fois.

De ses débuts dans la peinture dans l’atelier de son père, il a initié une mutation sans cesse changeante qui l’a vu tour à tour : agrégé de philosophie, anthropologue ensuite, fondateur de la méthode structurale, exilé aux Etats-Unis durant la guerre. Pour le conduire, au soir de sa vie, à l’enseignement au Collège de France et à siéger à l’Académie Française.

Une constante cependant dans la longue trajectoire de sa vie : une exigence sans pareille de remonter et de décrire l’émotion humaine du monde et la confronter aux émotions et aux formes quelle engendre.

Interpréter le monde,  sans l'étouffer.

Lévi-Strauss n’a eu de  cesse de débusquer la géométrie sous la peinture, le solfège sous la mélodie, la géologie sous le paysage.

Dans le foisonnement jugé imprévisible des mythes, il est parvenu a discerner une « grammaire » aux règles morphologiques très strictes - par exemple - dans l'apparent arbitraire des coutumes matrimoniales de populations improbables, il est parvenu a décrire leur  logique implacable.

Dans le prétendu fouillis de la pensée des "sauvages", il a pu mettre  à  jour sa complexité.

C’est en cela qu’il nous manque déjà : son génie inventif qui n’a rien cédé face aux certitudes des soi-disant cultures "civilisés".

La forme et la chair.  Cet homme immense qui a traversé tout le siècle dernier, n’a jamais cessé de les parfaire, de les relier, de les décrire.

Son œuvre dans la « Pléiade » le confirme. D’autres ouvrages, cependant, semblent curieusement avoir été  oubliés : « Les Structures élémentaires de la parenté » (1949),  les deux recueils « d'Anthropologie structurale » (1958 et 1973), ainsi que les quatre volumes des « Mythologiques » ....

Quel bonheur cependant représenterait que de réunir dans un ouvrage unique, ses chefs-d’œuvre multiples lus et relus à plusieurs reprises :    Tristes Tropiques, La Pensée sauvage, La Potière Jalouse, avec  bon nombre, j’imagine, d’autres d'inédits, que le temps nous permettra de découvrir.

 

A quand aussi dans nos bibliothèques publiques, des animations culturelles qui ambitionneraient de nous faire parvenir à : regarder écouter lire ... l'oeuvre de cet infini anthropologue qui, il me semble, était assurément plus écrivain que scientifique ?
A quand des éditeurs audacieux qui réuniraient un jour dans une même collection, des travaux techniques de Claude Lévi-Strauss,  s'adressant à des experts, avec d'autres œuvres plus aisément accessibles au grand public ?

Tout, dans l’œuvre de Claude Lévi-Strauss, semblait habiter avec éclat les séquences chamarrées de la planète.

Du monde.

Son œuvre s'est efforcée de nous expliquer le système des masques indiens aux couleurs vives de la même manière que celui des mélodies de Rameau. 

Son immense boulimie du savoir qui succombe aujourd'hui est comparable à ce monde et à ces hommes qui petit à petit disparaissent dans l’indifférence  dans les tréfonds d’une improbable et lointaine forêt primaire.       
Un monde voué à disparaître à jamais.

De Rousseau il à retenu la fraternité de la nature perdue, de Montaigne le scepticisme enjoué.

En approchant avec amour et humilité aussi bien le village Bororo aux feuillages tressés que la Coupole de l’Académie Française, il a pu unir,  seul,  dans une œuvre et dans une vie uniques : les mathématiques et la poésie.

Son absence crée déjà un grand vide. Elle présage néanmoins, un immense espoir pour ceux, plus jeunes, qu'ultérieurement pourront encore le découvrir pour, peut-être, mieux que ses contemporains, le comprendre.

Tout comme l’emblématique humanité d’un Théodore André Monod, Claude Lévi-Strauss était l’honneur de notre civilisation.      
Le sel même de notre condition humaine.

Un sel désormais retourné à cette terre qui, il y a un siècle déjà, l’a procréé. 

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Published by Sisyphe - dans Art & Culture
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commentaires

OrangeOrange 04/11/2009 21:32



Vu ce matin sur le portail suisse Pnyx.com, un hommage surprenant au grand homme : sous la forme d'un sondage !



Merci, Monsieur Lévi-Strauss ! Si je ne pouvais emporter qu'une seule de vos idées …


« On ne peut rien comprendre ou juger que grâce à la mémoire »,

« Je hais les voyages et les explorateurs »,

« L'homme est un être vivant »,

« Pas plus que l’ordre du monde, l’ordre social ne se plie aux exigences de la pensée »

« Seule la musique permet l'union du sensible à l'intelligence »,

« Il ne peut exister un hiatus complet entre la pensée et la vie »,

« L’humanité … /… s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave ».



Pour voir le détail, aller à :  http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/403  , avec, pour chacune de ces "idées", un extrait des citations dans leur contexte, permettant d'embrasser la portée
de ces réflexions.



Sisyphe 05/11/2009 09:10



Merci pour cette information et
de votre visite commentée sur ce blog.