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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 10:27

ecritures-contemporaines.jpgPour tout auteur, les écrits incarnent aujourd’hui l’une des expressions artistiques parmi les plus riches et les plus disparates. Les plus complexes aussi.

Il y a quelques années encore, le clivage qui pouvait exister entre les cultures dites « populaires » (dont la culture orale) et la culture écrite, était manifeste.

La confrontation impossible de l’oligarchie de l’écrit face à l’indigence du « parlé ».

Ces deux mondes se côtoyaient avec une profonde défiance. Tout dialogue ou passerelle entre ces deux univers était alors inconcevable.

A présent, les expressions artistiques liées à l’écrit, toutes sortes d’écrits, se sont métamorphosées d’une manière inouïe.

L’art de l’écrit se reflète aujourd’hui dans des expressions populaires auxquelles adhère un très large public autour, notamment du rap, du slam ou encore cette étrange « culture » qui s’exprime auprès des jeunes grâce aux multiples « langages » écrits des réseaux sociaux ou encore ceux des  …  SMS.

Nous pouvons y souscrire ou bien alors s’en alarmer.

Il n’en reste pas moins que les bouleversements actuels de l’écriture témoignent d’un incroyable  mouvement qui agite, bien plus rapidement que toute autre expression artistique ordinaire, la société dans laquelle nous vivons.

Il ne s’agit donc plus, pour nous, de savoir si cela est un avantage ou un inconvénient pour le développement de l’écriture au sens large, mais tout simplement de décider si nous désirons prendre le train en marche de cette révolution de l’écrit, ou rester à quai.

Car, dans ces mutations liées à l’écrit, comment ne pas constater que, grâce à ces nouvelles formes de l’écriture, les fractures qui autrefois existaient entre l'expression « orale » et culture « écrite » se sont, en très peu de temps, soudainement  réduites.

Mieux encore. Un peu partout l’on assiste de manière largement généralisée, au soutien et à l’accompagnement des institutions publiques aux projets culturels de ce type.

Ce n’est plus un tabou de financer une saison culturelle, voir d’authentiques festivals thématiques,  dédiés à ces formes nouvelles du langage et de l’écriture.

Ces manifestations participent d’ailleurs en France, à l’appui de l’économie du champ culturel et artistique.

Ces nouvelles expressions du langage contribuent tout naturellement aussi à la participation de toute une catégorie socioculturelle au maillage culturel des territoires et ça c'est une véridique révolution.

Un constat toutefois, qui de ne doit pas pour autant minimiser l’échec des  politiques culturelles institutionnelles mises en œuvre jusqu’à présent.

Car depuis au moins trente ans et malgré un grand renfort de moyens et de discours distillés autour la nécessaire « conquête » des publics – défavorisés ou pas – les institutions ne parvenaient pas à rallier les publics restés en dehors de la « chose » culturelle  

Elles ont prôné, avec un entêtement autiste et à grand renfort de moyens, la bien galvaudée et inopérante « consommation culturelle pour tous ».

Las, sans de véritables réussites à la clé.

Or, ces nouvelles expressions des écritures permettent aujourd’hui d’atteindre des populations absentes de l’offre culturelle "institutionnelle".

Et si c’était juste une question de … tolérance, rehaussée par une certaine mesure de … créativité, qui permettait à présent d’atteindre ces résultats surprenants et jamais égalés ?

Nous assistons aujourd’hui à la survenue d’une culture populaire du langage et de l’écrit, où les formes plus conventionnelles de l’écriture semblent pouvoir se régénérer au simple contact de ces nouvelles expressions en mouvement permanent.

Une nouvelle forme de coopération créative dans laquelle certaines « figures » du langage parviennent désormais à  composer  avec les authentiques formes de l’écriture.

Le dialogue a toujours permis de faire avancer la démocratie. Propager le savoir aussi.

Et en matière de pluralisme et de démocratie, les arts ont tant à enseigner à nos institutions et aux politiques qui les animent.

Ecrire, lire et faire lire passeraient donc par … l’oralité.

Quelle étrange bizarrerie ...

Mieux encore : la lutte contre l’illettrisme aussi.

Grâce à ces nouvelles formes, il semble désormais envisageable de passer de l’absence totale de maîtrise  de la langue française, à la rédaction et à la publication d’un ouvrage en très peu de temps : 3-5 ans tout au plus.

Un grand nombre d’associations de lutte contre l’illettrisme savent proposer aujourd'hui, des techniques prodigieuses dans la progression de  l’apprentissage de l’écrit via, justement, l’oralité,  la poésie immanente, le numérique, Internet …

On enregistre, partout dans le territoire, un véritable renouveau de l’apprentissage de la langue. L’adaptation est toujours bénéfique.

Pourquoi donc s’entêter encore à vouloir éduquer avec des méthodes qui ne tiennent pas (ou plus) compte des changements sociétaux ?

Dans toutes ces permutations qui subsistent aujourd’hui entre oralité et écriture, l'approche de la culture est désormais envisageable à un grand nombre de personnes qui pensaient ne pas y avoir accès.

Lentement on parvient inévitablement à modifier les choses. A les faire évoluer.

A en finir aussi avec ce désuet "savoir d’en haut" s’opposant à la "culture d’en bas".

Actuellement, tout semble appuyer l’avènement de nouvelles représentations annonciatrices d’une démocratie culturelle plus tangible.

Une impulsion qui part des … fondations, de la base… Bref, du peuple.

Des univers patrimoniaux illimités s’ouvrent à nous aujourd’hui.

Il y a dans le domaine de l’écriture tant de « terra incognita » à explorer, à sonder, à parcourir, à visiter.  A partager aussi.

Bref, à vivre ensemble.

Tant d'opportunités liées aux expressions écrites encore imperceptibles, certes,  mais pourtant possibles.

Elles peuvent aujourd’hui nous motiver,  donner du sens  et, principalement, une nouvelle ampleur au travail qui nous attend pour rendre accessible le monde de la  culture, de l’expression, de la communication et du partage à tous.

 

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Published by Sisyphe - dans Société
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 14:50

 

poing-indignation-2.jpegLe service public de télévision nous a proposé, dernièrement, un documentaire passionnant et hautement pédagogique, s’efforçant d’expliquer, d’une manière très simple et accessible, la crise actuelle et pourquoi le capitalisme a failli.

En nous accompagnant dans ce « voyage » didactique aux quatre coins la planète : « Fric, krach et gueule de bois : Le roman de la crise », nous a fort bien exposé à quel point l’actuelle crise économique et financière, touche un nombre incalculable de personnes, de situations, d’entreprises …

Un débat, animé par un journaliste de France 2, vint ensuite prolonger ce programme de qualité et dans lequel les invités : Pierre ArditiDaniel Cohen (économiste)Erik Orsenna (écrivain) ainsi qu’Alain Madelin ( ce dernier surgi de nulle part en qualité, peut-être d’ex ministre ou alors, d’ex étudiant d’Assas), Xavier Mathieu (CGT et comédien) et Juliane Charton (trésorière de l’UNL), se sont efforcés, tant bien que mal (très mal surtout de la part d’A. Madelin, venu nous faire sa très cynique et attendue promotion des bienfaits du capitalisme !), de débattre sur les questions suscitées par le reportage diffusé en première partie de soirée.

Trois aspects, férocement déchirants, ont tout spécialement retenu mon attention.

D’abord les conséquences du micro crédit et l’endettement subi, par des nombreuses femmes du quart monde. Un bizarre et ambigu dispositif financier visant à donner un nouveau souffle à toutes ces femmes porteuses d’une activité économique mais qui, dans certaine circonstances,  peut s’avérer, au fond, une bien fausse bonne idée en occasionnant, pour les bénéficier(e)s de l'emprunt, des effets économiques exactement contraires. Car ces prêts, aussi « micro » qu’ils soient, il faut toujours aussi les rembourser… Quid lorsque cela n’est plus possible ? Pas facile alors pour ces femmes, ces épouses, ces mères, pour ces veuves,  de s’en sortir lorsqu’elles se trouvent exposées ainsi au (micro ?) surendettement.  

On pourrait penser que chez nous, les femmes sont à l’abri de ces pièges économiques et financiers. Mais le sont-elles vraiment ?

Dans l’Hexagone leur niveau d’emploi (avant la crise) était certes élevé. Aujourd’hui même leur taux de fécondité (selon une toute récente étude statistique de l’INSEE), est envié partout en Europe. Pourtant, la réussite des femmes en France n’est qu’une façade : rémunérations plus faibles, temps de travail réduits, missions moins intéressantes…

Dans ces domaines, les hommes les devancent toujours majoritairement. Elles affrontent, en général quasiment seules, le cumul des tâches domestiques et familiales. La présence d’enfants au foyer représente, aujourd’hui encore, un obstacle principal à leur évolution professionnelle. Le fameux plafond de verre …

Plus que jamais, il est temps d’ouvrir les « chantiers d’une nouvelle émancipation » : encourager des attitudes autres, aménager des modes différents de garde des enfants…

En somme, de revoir en profondeur, les temps sociaux.

Faire en somme rimer la notion de profit avec intérêt général.

Proposé en filigrane dans cette émission, la notion de l’intérêt général, fut le deuxième aspect qui a retenu mon attention. Car l’économie ne se résume pas à la mondialisation et à toutes ces batailles boursières.

Petit à petit, commence à émerger un autre secteur dynamique qui, grâce à cette crise fait de plus en plus coïncider efficacité économique et innovation sociale.

Sur notre territoire, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui se créent et qui évoluent dans des coopératives, mutuelles, fondations, entreprises d’insertion ou encore sociétés privées classiques ayant fait le choix audacieux de se doter d’une forte composante sociale.

Sans omettre tous ces salariés et aussi tous ces bénévoles, actifs dans le cadre du secteur associatif.

Afin d’inverser les effets négatifs de cette crise économique et financière, il faudrait peut-être encourager massivement l’exemple de ces « entrepreneurs sociaux » qui, à leur tour, bousculent les codes économiques du profit et imaginent des concepts solidaires et durables dans toutes les opportunités licites de l’économie, en favorisant de la sorte l’essor de l’emploi durable et de la dignité recouvrée de bon nombre de personnes en difficulté.

Et enfin, j’ai été « chiffonné » par la condition de ces jeunes générations laissées pour compte.

Les jeunes sont aujourd’hui encore et bien plus que par le passé, indignement exclus par cette crise du marché du travail et de la réussite sociale. Or c’est avec dignité et détermination que ces mêmes jeunes luttent le plus pour en finir à jamais avec tous ces égoïsmes et toutes ces injustices dont ils sont les principales victimes. Souvenons-nous leur récente, utile et compacte participation lors des récentes manifestations relatives aux changements de la loi relative à la retraite à 60 ans.

Ailleurs, ils participent à faire tomber les dictatures ploutocratiques et qui leur volent le rêve d’un meilleur projet de société. D’une société plus ouverte, plus tolérante, plus altruiste et au sein de laquelle chacun aurait le droit de se projeter avec enthousiasme et espoir à la fois.

Nous l’avons vu tous la semaine dernière : l’exemple formidable de la Tunisie … et de son étonnante jeunesse en mouvement.

Plus proche de chez nous, nos plus jeunes compatriotes semblent vivre les mêmes angoisses, se heurter aux mêmes horizons bouchés. Les mêmes obstacles et les mêmes blocages aussi.

Ici le chômage fait des ravages chez une immense majorité de nos jeunes surdiplômés, dotés d’une formation universitaire de qualité, certes, mais en total décalage - paraît-il - avec les besoins des entreprises. La crise actuelle ne facilite guère les inversions de tendances.

Boudés par les entreprises et par les élites issues des grandes écoles, lesquelles trustent et dirigent le monde économique, nos jeunes surdiplômés - tout comme les jeunes Tunisiens - enchainent un grand nombre de petits boulots sans avenir.

Ces jeunes sont le fruit d’un système éducatif à la française qui, au nom d’une logique sociale, a ouvert jadis les vannes de l’enseignement supérieur sans se soucier de la professionnalisation des études ni de l’accompagnement à l’emploi.

Chez nous aussi, n’en déplaise à cet inquiétant, cynique et parfaitement rétrograde ancien ministre des finances (présent mardi dernier sur le plateau de l’émission), le temps semble plus que jamais propice aux révisions, certes déchirantes pour certains, mais indiscutablement porteuses d’espoir et d’avenir pour le plus grand nombre. Et c’est tant mieux.

Le moment paraît plus que jamais favorable pour encourager l’essor et le partage de nouvelles et bien plus puissantes valeurs éthiques capables de terrasser les tyrannies et les hégémonies de toute sorte.

Merci à vous donc, estimable, candide et généreux Monsieur Pierre Arditi pour nous avoir aidés, grâce à votre si beau documentaire, à mieux appréhender le monde qui nous entoure et le pétrin dans lequel on nous a mis.

Merci aussi de nous avoir donné d’une manière si tangible, une vigoureuse envie de changer et d’en finir à jamais avec l’appétence d’une poignée d’individus, pour ce système iconoclaste qui incite au fric, au krach et à la gueule de bois.

Merci de m’avoir solidement  proposé aussi  le désir de voir survenir – inévitablement – le temps des changements nécessaires pour un meilleur projet de  société.

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