Blog d'un Directeur des Affaires Culturelles consacré aux problématiques de la mise en oeuvre de l'action culturelle territoriale.
Les bibliothèques se demandent aujourd’hui quel rôle peuvent-elles jouer pour faciliter les contacts et développer les contigüités entre les différentes cultures et ses multiples publics.
De nos jours encore, promouvoir efficacement le dialogue interculturel, n’est pas chose aisée.
Notre société est en train de transformer.
Elle ambitionne inéluctablement à corriger notre appréhension automatique, ou irréfléchie, des références culturelles allogènes à la nôtre.
Peut-être dans aucun autre lieu public que dans une bibliothèque, il n'a jamais été autant facile d’acquiescer la présence, l’importance et la valeur d’une « société » à la fois multiethnique et multiculturelle.
D’admirer la capacité, pour tant « d’idées », de styles et d’influences, de résider ensemble, de se côtoyer, de se compléter, de s’enrichir en commun sans pour autant assister à la prévarication d’un courant de pensée sur un autre.
Aussi vieux qu’est le monde, la foi (ou l’éthique) d’une bibliothèque comporte d’y accueillir et d’y préserver le savoir et la connaissance.
Le bibliothécaire incarne encore aujourd’hui, un vieux rêve d’utopie immatérielle, d’humanisme et de liberté sachant toujours s’exonérer de toute idéologie, de toute doctrine et de toute croyance sectatrice pour ne soutenir, garantir, défendre et encourager que le pluralisme des idées.
Que son fonds soit « tout public », ou alors que ses collections aient une vocation plus « patrimoniale », à l'intérieur de la bibliothèque on y discerne, chaque fois avec émerveillement, à quel point la diversité des influences, la richesse des idées, la foison des pensées et le mélange de contributions entrelacées inlassablement entre elles, favorise toujours l’éclosion d’opportunités extraordinaires pour notre croissance.
Cela devrait nous inciter et à nous enthousiasmer pour la réalisation de toujours nouvelles expériences et nous aiguillonner constamment vers l’accomplissement d’inédites possibilités de progrès et de justice sociale.
Les bibliothèques peuvent atténuer ce type de « stress » qui subviendrait d’une société dont l’appréhension de l’inconnu serait trop prégnante.
D’un monde trop replié sur soi et générant la multiplication d’attitudes d’éjection de l’autre différent.
La bibliothèque semble espérer la survenue d’une sienne implication encore plus civique que ces trente dernières années.
Cycle dans lequel les collections des bibliothèques situées dans des espaces urbains en périphérie des moyennes et grandes agglomérations, s’accumulaient dans la confusion incohérente ou encore sans véritablement répondre à des projets précis pouvant afficher une capacité claire d’anticiper, d’éduquer et d’informer efficacement sur les mutations démographiques, sociales et culturelles locales qui étaient en cours.
Dans un fort joli mobilier comme dans des biens solides et très design tablettes, on y déposait alors et dans un éparpillement confondant, des documents aux contenus bien souvent hétéroclites et, parfois même, saugrenus.
Poussées par un simple contentement de remplissage et doublées d’une incohérente volonté d’accumulation « encyclopédique », les « politiques » d’acquisitions d’alors, produisaient rarement une logique formalisée et distinctive impactant les aspects multiculturels locaux, ou encore sachant favoriser les langues et les cultures des usagers composant les minorités de bon nombre de ces étendues urbaines.
Aujourd’hui nous assistons à l’avènement d’une nouvelle génération de professionnels de la lecture publique.
Ces bibliothécaires semblent principalement sensibles à ces problématiques. Résolument déterminés à inverser la donne et de parfaire leur connaissance des publics locaux pour offrir des services autour des bibliographiques plus cohérentes et des outils multimédias pour l'apprentissage non plus d’une éventuelle langue étrangère (y compris le FLE), mais également pour affiner et accroître le goût d’une information – numérique ou pas – présente, matérielle et accessible, dans un environnement régi par une logique qualitative de « l'accueil » des publics.
Une qualité du service rendu faisant reculer toute perception d’exclusion.
Les tutelles et les organismes associatifs interprofessionnels de la lecture publique installent de plus en plus fréquemment des lieux de rencontres et de débats tout près de thèmes reliant les idées collectives et les échanges autour les problématiques de la production, de la diffusions d’outils et de services multiculturels pouvant être conçus, mis en œuvre et valoriser les missions des bibliothèques territoriales d'aujourd'hui.
Les choses avancent rapidement et progressent dans le bon sens.
Ces pratiques novatrices se généralisent un peu partout en France.
On parviendra bien à rattraper le temps qui a été égaré.
A bâtir - ou restructurer - de nouvelles infrastructures de lecture publique qui puissent réellement être des lieux citoyens et ouverts à tous.
A colmater les brèches étendues entre collections et publics.
A renouer avec l’attractivité des lieux et des collections.
Inventer une meilleure forme d’hospitalité symptomatique du service public et qui peut participer à recouvrer les fréquentations des publics de jadis car, pour endiguer cette constante et progressive érosion de l’usager dans les bibliothèques, il nous faudra renouer assurément avec la confiance harmonieuse de cette quadrature indissociable, mais non impossible, entre : usager, bibliothécaire, collections et bibliothèque.
Concéder désormais aux bibliothécaires - et ils sont nombreux à le revendiquer - la capacité et les moyens, enfin, de gérer, de développer et d’organiser efficacement, bref : donner du sens, à ce lieu de pleine citoyenneté, qu’est la bibliothèque publique.
De lui permettre identiquement de confronter et d’échanger assidûment son expérience et ses problématiques avec celles d’autres nouveaux acteurs qui animent aujourd’hui les débats sur l’éducation, la démocratie, la pluralité, les enjeux multiculturels et le devenir de nos territoires de demain.