Blog d'un Directeur des Affaires Culturelles consacré aux problématiques de la mise en oeuvre de l'action culturelle territoriale.
Le monde de la bibliothèque a commencé à se familiariser avec les théories de gestion tout en poursuivant son effort pour trouver des nouveaux chemins pour l’avenir de chaque fonds patrimonial dont il a la charge.
Cependant aujourd’hui la bibliothèque ne peut se contenter d’offrir, comme c’était déjà le cas dans le passé, un unique archétype de service.
Pour le bibliothécaire, le seul service de prêt ne suffit plus pour relever, à lui seul, les défis culturels du monde qui l’entoure et qui façonne la physionomie de la société réelle dans la complexe imbrication, aux multiples composantes sociales et culturelles qui constituent ses individus.
Outrepassant la simple posture – trop – consensuelle et un brin galvaudée, de « lieu citoyen » - et qui, à la longue, on ne sait plus vraiment ce que cela veut dire - la bibliothèque doit parfaire sa transformation lui permettant de « parler » plus concrètement et d’une manière plus novatrice aux différents groupes d’utilisateurs, non seulement aux assidus, mais également à ceux qui hésitent encore à la fréquenter faute d’une meilleure lisibilité, de pluralisme et de richesse de l’offre.
Depuis plus de vingt ans désormais les bibliothèques publiques ont su valider et généraliser, les caractéristiques qualitatives essentielles touchant, par exemple, à la constitution et à la conservation de ses fonds.
La lecture publique a su permettre un effort intense, y compris financier, visant à accroître la diversification et la qualité des documents.
On y a créé des multi supports pour rendre plus attrayantes les collections, accentué le renouvellement et généralisé le libre accès des collections.
Durant ces deux dernières décennies, un effort significatif a été identiquement réalisé dans le domaine de l’investissement afin de non seulement moderniser les lieux mais également d’en améliorer, en le numérisant, l’accès aux fonds.
Maintenant que l’outil est tout beau, tout étincelant et tout neuf, il serait peut-être temps de réfléchir à quel service public différencié nous ambitionnons pour nos bibliothèques publiques.
A quelles populations s’adresser et comment mieux répondre aux défis qu'aujourd'hui nous guettent en matière, notamment, de multiculturalisme.
Car pendant que nous essayions d’ériger de nouvelles et plus modernes infrastructures, ou d’en renouveler, plus simplement, le seul mobilier, la société a, entre temps et à toute vitesse, inéluctablement changé.
Identifier les publics et reconnaître avec exactitude leurs besoins en matière de lecture publique signifie aujourd’hui affiner davantage notre compréhension de ces publics contigus localement à chaque lieu de lecture, d’en saisir leurs spécificités et d’en favoriser ensuite la pleine accessibilité - par tous les procédés possibles - aux collections.
Oui, mais comment ?
Peut-être en renouant, si besoin en est, avec les idées fondamentales présentes dans le Manifeste de l’Unesco sur les bibliothèques publiques.
Un manifeste qui rappelle à notre mémoire comment les services publics doivent être livrés sur l’égalité d’accès pour tous, sans distinction sociale, de race, de sexe, de religion, de nationalité, ou encore de langue.
Les minorités linguistiques, mais aussi les femmes, les personnes âgées, les personnes handicapées, ceux qui se trouvent à l’hôpital ou encore en prison doivent, selon les particularismes de chaque territoire concerné, être inclus prioritairement dans le projet de développement de chaque lieu de lecture publique.
En somme si les collections acquiescent généralement aujourd'hui d’une « richesse » désormais admise un peu partout dans l’ensemble du territoire hexagonal, que leurs supports et leurs contenus sont variés et que les locaux ont été modernisés en profondeur, il est grand temps, maintenant d’y faire rentrer, en le reconquérant, le public.
Tout public …. !
Pour ce faire il faudrait peut-être faire évoluer la trop « séculaire » et bien essoufflée notion d’accueil (du public), avec la notion … d’hospitalité.
Une notion certes aussi vieille que l’humanité mais qui parait trop oubliée dans bon nombre de nos équipements publics, comme dans notre nation toute entière.
Plus simplement pour nous, agents territoriaux, nous devons refonder, dans notre travail, cette notion « d’hospitalité », en tenant compte qu’il s’agit d’une caractéristique importante de l’hybridation - réussie - entre la technologie et l’humain.
Une capacité d’ouvrir avec enthousiasme nos pratiques vers les différentes « cultures » qui composent non seulement le territoire constitutif de notre pays, mais également de celles de la planète toute entière.
Une hospitalité qui se manifesterait principalement comme un droit à la citoyenneté et au multiculturalisme pour l’ensemble des ressortissants du monde.
En somme, une nouvelle forme d’humanisme qui dépeindrait en profondeur notre éthique.
Une nouvelle forme d’apercevoir, de comprendre, de travailler et d’accueillir chez nous et en nous, la planète qui nous entoure.
L’approche interculturelle de nos bibliothèques agissantes dans une société qui se transforme peut promouvoir désormais la connaissance et la conscience de migrants provenant d’autres cultures, des étrangers que nous accueillons, des visiteurs, comme des passants occasionnels.
Accroître en somme une disposition féconde s'opposant au rejet de toute tendance obsédante à vouloir « protéger » une seule identité et une unique tradition culturelle qui serait notre socle consubstantiel identitaire retiré du monde qui nous entoure.
Cela nous guiderait inéluctablement à répondre par le rejet et l’inacceptation de toute action perçue comme intrusive qui se différencierait des « traditions » culturelles nationales, aussi bien qu’ancestrales et qui définissent - par le repli et par l’excrétion de l’autre - si imparfaitement parfois - nos sociétés.