Blog d'un Directeur des Affaires Culturelles consacré aux problématiques de la mise en oeuvre de l'action culturelle territoriale.
Les crispations sociales autour des propositions gouvernementales de repousser l’âge du départ à la retraite, ou encore, celles relatives aux réformes des enjeux économiques visant à promouvoir la santé dans le contexte de l’avancée en âge : plan Alzheimer, cinquième risque, soins à domicile, plan cancer, et tant d’autres posent toutes le même problème : les moyens à mobiliser pour faire face au lent et inexorable vieillissement de la population et à la santé de nos aînés.
Devant le progrès de l’espérance de vie, la question du vieillissement de la population est devenue aujourd’hui un enjeu social et économique majeur, puis, on l’oublie – trop – souvent : culturel aussi.
Le développement des villes, de leurs infrastructures et de leurs offres sociales et culturelles doit passer par une mise en place nécessaire de services de qualité pour ceux qui y vivent avec bien entendu, la prise en compte des nouveaux besoins distinctifs des personnes âgées. Lesquelles nécessitent « des aménagements » essentiels pour que la ville leur soit plus accessible et plus adaptée dans le domaine des transports, de l’urbanisme et de la participation citoyenne ; plus acceptable, plus humaine et plus généreuse aussi en prestations culturelles et sociales.
Il est de plus urgent, compte tenu de ces constats démographiques, de rechercher à mettre en place les conditions favorables non seulement à la santé mais également à la valeur et à la qualité de vie pour l’ensemble de la population, y compris pour les personnes âgées.
Or, pour la plupart des municipalités de notre pays, le volet culturel est le plus souvent le grand oublié de ces programmes (social et prévention), de ces initiatives ou encore de ces projets qui ambitionnent à promouvoir la place des seniors dans la cité.
D’une manière simple, adaptée, agissante et surtout efficace, le projet d’une offre artistique et culturelle pour les personnes âgées, lorsqu’il existe, favorise l’intégration à part entière des seniors dans les espaces de la vie quotidienne. De même que l’action culturelle favorise la prise de parole, l’expression et la communication intergénérationnelle des citoyens entre eux.
Nous bénéficions - et c’est très bien ainsi - dans nos institutions d’une surreprésentation de services et d’offres amplement dédiées à la jeunesse.
A quand un service « vieillesse » qui se généraliserait dans nos municipalités ?
A quels problèmes se heurtent les personnes âgées dans nos villes ?
Que manque-t-il à la ville et à ses quartiers pour améliorer leur participation sociale ?
Dans quel autre domaine que l’art et la culture le contact avec les autres classes d’âge est rendu possible ?
Favoriser la mobilité de l’esprit, de l’échange et les rencontres des personnes âgées avec toutes les catégories de la population présentes dans une ville favoriserait la prévention de la dépendance, de l’isolement et de toute autre pathologie liée au grand âge, dont la vulnérabilité et l’impression de solitude, que ressentent les personnes âgées.
Ne pas prendre en compte ces réalités sociales et démographiques en dit long sur ce progressif glissement vers l’incivilité que ressentent, au quotidien, les aînés.
Un sentiment qui les renvoie à leur degré d’insertion trop altéré dans le tissu social de l’environnement dans lequel ils vivent.
Or en prenant le parti d’approcher qualitativement aussi les besoins culturels complexes d’une population hétérogène, cela permettrait de repérer les dysfonctionnements et de formuler, enfin, des nouvelles propositions.
De passer aussi en quelque sorte d’une logique de service à une logique de « service rendu » pour l’ensemble de la population, y compris les personnes âgées.
Pour ce faire, il faudrait peut-être que l’ensemble des acteurs locaux apprennent à mieux mutualiser leurs expériences en systématisant des allers-retours entre théorie et terrain.
Ceci permettrait d’apporter un retour fructueux et favoriserait l’émergence des orientations et des systèmes à mettre en œuvre ainsi que toute autre proposition efficace d’amélioration ; mais aussi de mesurer l’impact des mesures prises en direction des personnes âgées aptes à favoriser l’éradication de cette inconsciente, incompréhensible et irréfléchie « discrimination » que les seniors subissent encore aujourd’hui en matière d’offre culturelle.